Comment mesurer ces souffrances?
Devant tant de bonheurs sollicités, l’impossibilité du bonheur à obtenir se fait plus nette. On se condamne presque soi-même. Combien de plus malheureux là, sans doute, que le malheureux qu’on est. Et de cette horde suppliante, une impression s’emporte, philosophique, mais ni encourageante, ni consolante.
Pas tant de cierges non plus, placés près ou loin du bon Dieu, selon leur prix et selon leur poids, brûlant dans leur lueur d’incendie; confondus, inachevés; enlevés avant leur fin, pour être plus vite remplacés.
Aux heures campagnardes où le travail s’arrête, des femmes entraient, s’agenouillaient, disaient leur lente prière. Et, assises ensuite, immobiles, demeuraient là, dans le silence pensif et familier d’une habitude journalière.
Les grains de leur rosaire aux doigts, les grains de leurs soucis dans l’esprit, les deux chapelets tournaient ensemble. Et peu à peu l’apaisement se faisait, et l’angoisse sortait des cœurs: soit qu’une inspiration divine apportât tout d’un coup à un mal le remède longtemps cherché; soit que dans l’être calmé, chaque chose reprît sa valeur et sa place; soit enfin que la Main sacrée, en insuffisance de tout autre bien dont elle pût disposer, répandît en onctions mystiques, dans les âmes affligées, les dernières douceurs des malheureux: l’espoir ou la résignation.
Les jeunes femmes, plus promptes, et les jeunes filles, plus mystérieuses, amenaient, quand elles entraient, l’involontaire atmosphère de leur âge et de leur charme.
Les pas sonnaient légers et vifs. Les voix n’étaient jamais si basses.
Elles demandaient des choses douces, et les demandaient en souriant. Puis, la châsse fleurie de primevères, d’églantines ou de chèvrefeuille, elles s’en allaient, gardant aux doigts un brin de la branche offerte, et le silence retombait jusqu’à la sortie de l’école.
Alors, c’était une autre affaire, et les enfants arrivaient. Claquant les portes, claquant les pieds, leurs sabots sonnant sur les dalles, ravis de ce grand tapage, que les pierres de la voûte doublaient.
Ils montaient toute l’église, chapeaux ou casquettes à la main, se poussaient, se taquinaient, et étouffaient très mal leur rire, quand une farce réussissait. Mais, serrés devant la châsse, ils redevenaient sages tout à coup, émerveillés comme au premier jour par le prodige.