Rouler l’enfant dans ses couvertures, le mettre dans une voiture, et le conduire à quelque hôpital où il réussirait bien à le faire admettre sur-le-champ?
Mais dans ce froid, cette neige et ce vent, quels risques ne lui faisait-il pas courir?
Aller lui-même se procurer ce qu’il fallait pour une injection qu’il tenterait assez facilement?—Et pendant son absence, que deviendrait l’enfant, si un étouffement plus violent que ceux dont Philippe était témoin en ce moment, l’étreignait trop longuement?
Non, lui devait rester là. Le père irait chercher ce qui lui était nécessaire.
Aussitôt son parti pris, avec une décision et un sang-froid qui ne devaient plus se démentir durant cette lourde nuit, Philippe prit ses dispositions.
Un instant après, la légère bourse de l’étudiant aux doigts, l’homme filait sous la neige.
Les voitures, rares et très pressées, fuyaient dans la bourrasque blanche, comme si elles espéraient arriver dans un endroit qui fût meilleur, et sa voix les hélait vainement.
Dix fois il tenta, sans succès, d’arrêter au moins l’une d’elles pour expliquer à ces cochers, dont on ne voyait que le dos ployé, ce qu’il voulait; pensant qu’il l’attendrirait. Pas un ne le regardait même. Alors, ne se fiant qu’à ses jambes, aiguillonné par l’image qui ne quittait pas ses yeux: le petit lit où pleurait l’enfant, malgré sa lassitude horrible, il reprit sa course de pauvre bête fatiguée.
Quelques mots écrits par Philippe devaient lui faire remettre, lui avait dit le jeune homme, un instrument dans un étui, et une fiole, haute comme la main, où tenait tout ce qui restait d’espoir, pour le petit. Et il allait.
Pendant ce temps, un bras passé fermement autour des épaules de l’enfant, l’autre main armée d’un crayon noué au bout d’un tampon d’ouate, Philippe nettoyait la gorge encombrée.