Le capitaine Goyles sembla embarrassé. Je continuai:

—Au courant de la semaine nous avons eu vent du nord, vent du sud, vent de l'est et vent de l'ouest, avec des variations. Je n'attendrais encore que si vous pouviez me désigner une cinquième direction sur la boussole. Sinon, à moins que l'ancre n'ait pris racine, nous la lèverons aujourd'hui même, et nous verrons ce qui arrivera.

Il comprit que j'étais décidé.

—Très bien, monsieur, jeta-t-il, vous êtes le maître et moi l'employé. Je n'ai plus qu'un enfant à ma charge, grâce à Dieu, et sans aucun doute vos exécuteurs comprendront leur devoir vis-à-vis de ma vieille. Son ton solennel m'impressionna.

—Monsieur Goyles, soyez franc. Y a-t-il un espoir quelconque de quitter ce trou maudit par un temps quelconque?

Le capitaine Goyles me répondit gentiment:

—Voyez-vous, monsieur, cette côte est très particulière. Une fois loin d'elle tout irait bien, mais s'en détacher sur une coquille de noix comme celle-ci, eh bien, pour être franc, monsieur, ce serait dur.

Je le quittai avec l'assurance qu'il surveillerait le temps comme une mère veille sur le sommeil de son enfant. Ce fut sa propre comparaison. Je le revis à midi, il surveillait le temps, de la fenêtre du Chaîne et Ancre.

A cinq heures, ce jour-là, un heureux hasard nous fit rencontrer dans High street deux yachtmen de mes amis. Par suite d'une avarie au gouvernail, ils avaient dû atterrir. Je leur racontai mon histoire. Ils en semblèrent moins surpris qu'amusés. Le capitaine Goyles et les deux hommes surveillaient toujours le temps. Je courus à l'hôtel et mis Ethelbertha au courant. Tous quatre, nous nous faufilâmes jusqu'au quai, où nous trouvâmes notre bateau amarré. Seul le mousse était à bord. Mes deux amis se chargèrent du yacht et vers six heures nous filions joyeusement le long de la côte.

Nous passâmes la nuit à Aldborough et le lendemain poussâmes jusqu'à Yarmouth, où mes amis se trouvèrent forcés de nous quitter; je me décidai à abandonner le yacht. Le matin de bonne heure je vendis nos provisions aux enchères sur la plage de Yarmouth. Je le fis avec perte, mais j'eus la satisfaction de rouler le capitaine Goyles. Je confiai l'Espiègle à un marin de l'endroit, qui promit de le ramener pour deux souverains à Harwich. Nous rentrâmes à Londres par le train.