C'est la femme qui seule pourra arriver à changer le caractère allemand. Elle-même est en train d'évoluer et progresse vite. Il y a dix ans nulle jeune fille allemande tenant à sa réputation et espérant trouver un mari n'aurait osé monter à bicyclette: maintenant elles pédalent par milliers à travers le pays. Les vieux secouent la tête à leur vue; mais j'ai remarqué que les jeunes gens les rejoignent et font route à leur côté. Récemment encore il n'était pas comme il faut, pour une dame, de faire des dehors en patinant: elle devait, pour être correcte, s'accrocher éperdûment au bras de son cavalier qui, pour que ce fût tout à fait bien, devait être un membre de sa famille. Maintenant elle s'exerce à faire des huit dans un coin, jusqu'au moment où un jeune homme vient à elle pour la seconder. Elle joue au tennis, et j'en ai même aperçu qui conduisaient un dog-cart.
Son éducation a toujours été des plus soignées. A dix-huit ans elle parle deux ou trois langues et a déjà oublié plus de choses qu'une Anglaise moyenne n'en lit de toute sa vie. Jusqu'à présent cette éducation ne lui a été d'aucune utilité. Une fois mariée, elle se retirait dans sa cuisine, où elle se hâtait de vider son cerveau pour y mettre de piètres principes culinaires. Mais supposons qu'elle comprenne soudain qu'une femme n'est pas tenue absolument de sacrifier toute son existence à peiner dans son ménage, pas plus qu'un homme n'a besoin de se considérer comme une machine à travailler. Supposons qu'elle se mette en tête de prendre une part active à la vie sociale et nationale. Alors l'influence d'une telle compagne, saine de corps et par conséquent vigoureuse d'esprit, ne manquera pas d'être à la fois puissante et durable.
Car il faut bien se dire que l'Allemand est exceptionnellement sentimental et très facilement influencé par le sexe. On dit de lui qu'il est le meilleur des amants et le plus mauvais des maris. C'est d'ailleurs la faute de sa femme. Sitôt mariée, la femme allemande fait plus qu'abdiquer le romanesque; elle saisit un balai pour le chasser de chez elle. Jeune fille elle ne savait pas s'habiller; épouse, elle abandonne ses toilettes pour se draper dans les oripeaux les plus hétéroclites, ramassés à droite et à gauche; en tout cas, c'est bien là l'impression qu'elle donne.
Elle est souvent faite comme une Junon, avec une carnation qui ferait honneur à un ange bien portant: elle s'entend parfaitement à abîmer son galbe et son teint. Elle vend son droit aux hommages pour une portion de friandises. Vous pouvez la voir toutes les après-midi dans un café, se gavant de gâteaux à la crème fouettée que chassent d'abondantes tasses de chocolat. A ce régime elle s'avilit, s'empâte et devient tout à fait inintéressante.
Quand la femme allemande renoncera à son goûter et à sa bière du soir, quand elle prendra suffisamment d'exercice pour conserver sa taille et qu'elle lira, une fois mariée, autre chose que son livre de cuisine, le gouvernement allemand remarquera qu'il lui faut compter avec une force nouvelle. Et c'est à travers toute l'Allemagne qu'on peut observer mille petits détails significatifs qui ne trompent pas et qui marquent l'évolution des surannées «Frauen» allemandes en «Damen» modernes.
On se perd en conjectures sur ce qu'il adviendra alors. Car la nation germanique est encore jeune et sa maturité fera époque dans l'histoire de l'humanité.
Ce qu'on peut dire de pire sur les Allemands, c'est qu'ils ont quelques défauts. Eux-mêmes ne les voient pas; ils se considèrent comme parfaits, ce qui est stupide de leur part. Ils vont même jusqu'à se croire supérieurs aux Anglo-Saxons. Non, mais... Quelle prétention!
—Ils ont leurs bons côtés, observa George, mais leur tabac est une honte pour la nation. Je vais me coucher.
Nous nous levâmes et, nous accoudant sur le parapet, suivîmes quelque temps du regard les dernières lueurs dansantes, sur la rivière assombrie.
—Ce fut dans l'ensemble une «balade» pleine d'agrément. Je serai content d'être de retour et cependant je regrette d'en voir la fin, me comprenez-vous?