—Dire qu'il était juste sous votre nez!

Il se dirigeait ensuite vers l'antichambre, où ma tante Maria avait eu soin de rassembler tous les enfants, pour qu'il pût leur dire au revoir.

Jamais ma tante n'aurait quitté la maison, fût-ce pour une visite dans le voisinage, sans prendre tendrement congé de chaque membre de la famille.

—On ne sait jamais ce qui peut arriver, avait-elle coutume de dire.

Sur le nombre il y en avait naturellement toujours un qui manquait. Les six autres, au moment où on le remarquait, filaient dans toutes les directions à la recherche de l'absent en poussant de grands cris.

A peine avaient-ils disparu que le manquant arrivait tranquillement. Il n'avait pas été loin et fournissait une explication très plausible de cette absence. Puis, sans plus attendre, il courait expliquer aux autres qu'il avait été retrouvé. De cette manière, il fallait bien cinq minutes pour que tous pussent être réunis, ce qui permettait tout juste à mon oncle de mettre la main sur son parapluie et d'égarer son chapeau. Enfin, le groupe étant rassemblé dans le vestibule, la pendule du salon commençait à sonner neuf heures d'un son froid et pénétrant qui ne manquait jamais de troubler mon oncle. Enervé, il embrassait certains enfants deux fois, en négligeait d'autres, puis, ne sachant plus qui avait été embrassé et qui ne l'avait pas été, il se croyait obligé de recommencer l'opération. Il disait qu'ils se donnaient le mot pour l'embrouiller et je n'oserais affirmer que ce fût entièrement faux. Pour comble d'ennui, il y en avait toujours un qui avait la figure barbouillée de confitures et c'était naturellement cet enfant qui se montrait toujours le plus tendre.

Quand d'aventure les choses allaient trop bien, l'aîné déclarait que toutes les pendules de la maison retardaient de cinq minutes, ce qui, la veille, l'avait mis en retard pour la classe.

Mon oncle gagnait en courant la porte du jardin, où il s'avisait qu'il n'avait emporté ni son sac ni son parapluie. Tous les enfants que ma tante n'arrivait pas à retenir galopaient après lui; deux d'entre eux luttant pour le parapluie, les autres se disputant le sac. Et c'est à leur retour seulement qu'on découvrait sur la table de l'antichambre l'objet le plus indispensable qu'il avait oublié et l'on se perdait en conjectures sur ce qu'il allait dire en rentrant.


Nous arrivâmes à Waterloo un peu après neuf heures et commençâmes immédiatement les expériences qu'avait projetées George. Nous ouvrîmes le bouquin au chapitre intitulé «A la Station des Fiacres» et, nous approchant d'un hansom-cab, nous soulevâmes nos chapeaux, disant poliment au cocher: