—Ils ont vu le Thor, n'est-ce pas? Eh bien, c'est tout ce qu'il faut. Quant au reste, vous ne savez pas de quoi vous parlez et ils ne vous comprendraient pas, même si vous le saviez. Parlez donc allemand.
Et ce fut ainsi tout le long des Linden. Le cheval consentit à s'arrêter tout juste assez de temps pour que nous pussions jeter un long regard sur ce qu'il y avait à voir et en entendre le nom. Il coupa court à toute explication ou description par le procédé simple qui consistait à continuer son chemin.
Il a dû se dire: «Ces messieurs ne veulent pas autre chose que pouvoir dire aux gens, en rentrant chez eux, qu'ils ont vu tout cela. Si je les juge avec injustice et qu'ils soient plus intelligents qu'ils n'en ont l'air, ils trouveront dans un guide des informations bien plus précises que celles que mon vieil idiot peut leur donner. Qui aurait envie de savoir la hauteur d'un clocher? On l'oublie cinq minutes après. Ce qu'il me fatigue avec son babil! Pourquoi ne se dépêche-t-il pas, qu'on puisse rentrer déjeuner?»
Réflexion faite, peut-être bien que ce vieil animal borgne était dans le vrai. Il est certain que je me suis déjà trouvé en compagnie d'un guide dans des circonstances où j'aurais apprécié l'intervention de ce cheval.
Mais on ne reconnaît jamais les bienfaits de l'heure, puisque dans la circonstance nous l'avons maudit au lieu de le bénir.
CHAPITRE SEPTIÈME
George s'étonne. L'amour germanique de l'ordre. Le concert de merles dans la Forêt Noire aura lieu à sept heures du matin. Le chien en porcelaine. Sa supériorité sur tous les autres chiens. Une contrée bien entretenue. Comment devrait être aménagée une vallée dans les montagnes d'après l'idéal allemand. Comment se fait l'écoulement des eaux en Allemagne. Le scandale de Dresde. Harris donne une représentation. Elle reste inappréciée. George et sa tante. George, un coussin et trois demoiselles.
A un certain moment, entre Berlin et Dresde, George, qui était resté pendant le dernier quart d'heure à regarder très attentivement par la portière, nous déclara:
—Pourquoi a-t-on l'habitude en Allemagne d'accrocher au haut des arbres les boîtes aux lettres? Pourquoi ne pas les fixer à la grande porte, comme on fait chez nous? Il me semble que je détesterais grimper au sommet d'un arbre pour prendre mon courrier, sans compter la corvée inutile imposée au facteur. J'ajoute que la tournée de cet employé doit être des plus fatigantes, pour peu qu'il soit corpulent, et même dangereuse par des nuits de tempête. S'ils tiennent absolument à suspendre leur boîte à un arbre, pourquoi ne pas l'attacher aux branches basses, au lieu de choisir les branches les plus élevées? Mais il est possible que j'émette un jugement téméraire sur ce pays, continua-t-il, une nouvelle idée se présentant à lui. Il est probable que les Allemands, qui nous devancent en beaucoup de points, ont perfectionné le service des pigeons voyageurs. Mais, même en ce cas, je ne peux m'empêcher de remarquer qu'il eût été plus simple, pendant qu'ils y étaient, de dresser les oiseaux à déposer leurs messages plus près de la terre. Ce doit être un travail pénible, même pour un Allemand adulte de force moyenne, de retirer son courrier de ces boîtes.