George s'est montré plein d'attention envers cette tante depuis le début du voyage. Il lui a écrit une longue lettre chaque jour, et de chaque ville où nous nous arrêtions lui a envoyé un souvenir. A mon avis il exagère, et plus d'une fois je le lui ai dit. Sa tante va rencontrer d'autres tantes et elles causeront; toute cette espèce en sera bouleversée et en deviendra intraitable. Comme neveu je m'oppose à cet état de trouble que George est en train de créer. Mais il ne veut rien entendre.

Voilà pourquoi il nous quitta le samedi après le déjeuner, expliquant qu'il se rendait à ce magasin afin d'acheter un coussin pour sa tante. Il dit qu'il ne serait pas longtemps parti et il nous engagea à l'attendre.

Nous l'attendîmes un temps qui me sembla interminable. Quand il nous revint, il avait les mains vides et l'air ennuyé. Nous lui demandâmes ce qu'il avait fait du coussin. Il nous dit qu'il n'en avait pas acheté, qu'il avait changé d'avis; il ajouta qu'au fond sa tante n'aurait pas tenu tellement à ce coussin. Certainement il s'était passé quelque chose de contrariant. Nous essayâmes de connaître le fond de l'histoire, mais il ne se montra pas communicatif; même, à notre vingtième question, il finit par nous répondre sèchement.

Cependant dans la soirée, comme nous étions en tête à tête, il commença de lui-même:

—Les Allemands sont quand même un peu bizarres pour certaines choses.

—Qu'est-il arrivé?

—Je voulais donc un coussin...

—Pour votre tante, remarquai-je.

—Pourquoi pas? (Il commençait à se monter. Je n'ai jamais connu homme si susceptible à propos d'une tante.) Pourquoi n'enverrais-je pas un coussin à ma tante?

—Ne vous fâchez pas, répliquai-je. Je n'y vois pas d'objection, au contraire; je respecte vos sentiments.