L'autre estima que je n'avais pas l'air d'appartenir à cette classe d'hommes qui pouvaient désirer un coussin. Pour s'en assurer, elle me posa elle-même la question:

—Est-ce que vous avez dit que vous vouliez un coussin?

—Je l'ai dit trois fois, je vais le répéter: je veux un coussin.

Elle dit:

—Eh bien, vous ne pouvez pas en avoir!

Je sentais la colère monter. Si je n'avais pas réellement tenu à cet objet, je serais sorti de la boutique; mais les coussins étaient à la devanture pour être vendus, évidemment. Je ne voyais pas pourquoi, moi, je ne pourrais pas en obtenir un. Je déclarai:

—Et je veux en avoir un!

C'est une phrase bien simple, mais je la dis avec énergie. Une troisième demoiselle parut à ce moment, je suppose que ces trois formaient tout le personnel de la maison. Cette dernière était une petite personne aux grands yeux brillants et pleins de malice. En toute autre occasion j'aurais eu du plaisir à la voir, mais son arrivée m'irrita. Je ne voyais pas l'utilité de trois vendeuses pour conclure cette affaire.

Les deux premières expliquèrent le cas à la troisième et avant qu'elles fussent à la moitié de leur récit, la troisième commença à s'esclaffer. Elle me paraissait d'un caractère à rire de tout. Ensuite elles se prirent à bavarder comme des pies, toutes les trois à la fois; et tous les dix mots elles me regardaient; et plus elles me regardaient, plus la troisième riait; et avant qu'elles eussent fini, elles se tordaient toutes les trois, les petites idiotes; on aurait pu me prendre pour un clown, en train de donner une représentation.

Quand elles furent suffisamment calmées pour se mouvoir, la troisième vendeuse s'approcha de moi en riant toujours. Elle me dit: