Sans contredit, ces gaillards-là étaient placides. Je m'avançai et hélai le capitaine Goyles par l'écoutille. Je le hélai par trois fois. Enfin il monta, lentement. Il me sembla vieilli, plus lourd,—entre ses lèvres un cigare éteint.
Il retira de la bouche son bout de cigare.
—Quand vous serez prêt, capitaine Goyles, dis-je, nous partirons.
—Pas aujourd'hui, monsieur, pas aujourd'hui.
—Pourquoi pas aujourd'hui?
Je sais que les marins sont superstitieux; peut-être le lundi était-il jour néfaste...
—Le jour n'y est pour rien, répondit le capitaine; c'est le vent qui me donne à réfléchir: il n'a pas l'air de vouloir tourner.
—Mais a-t-il besoin de tourner? demandai-je. Il me semble qu'il souffle juste dans la bonne direction, droit derrière nous.
—Oui, oui, droit, c'est bien le mot, car nous irions tout droit à la mort; Dieu nous garde de mettre à la voile avec un vent pareil! Voyez-vous, expliqua-t-il, en réponse à mon regard étonné, c'est ce que nous appelons un vent de terre, parce qu'il souffle directement de terre, si l'on peut dire.
Effectivement, l'homme avait raison, le vent venait de terre.