Harris, qui nous précédait de quelques pas, s'arrêta au coin du Wenzelsplatz.
George et moi le rejoignîmes, A deux cents yards devant nous, bien au centre, se trouvait la troisième de ses statues fantasmagoriques. C'était la meilleure des trois, la plus ressemblante et la plus décevante. Elle se découpait vigoureusement sur le ciel obscur; le cheval sur ses pattes de derrière, avec sa queue drôlement raccourcie, l'homme, tête nue, son chapeau à plumes tendu vers la lune.
—Je crois, si vous n'y voyez pas d'inconvénient et si vous pouvez m'en trouver une, que je prendrais bien une voiture, dit George. (Il parlait sur un ton pathétique; son ton agressif l'avait complètement quitté.)
—Je constatais que vous aviez l'air tout chose, dit Harris avec compassion, c'est la tête qui ne va pas, hein?
—Peut-être bien.
—Je m'en étais aperçu, affirma Harris, mais je n'osais pas vous en parler. Vous vous imaginez voir des choses, n'est-ce pas?
—Oh! non ce n'est pas cela, répliqua George un peu vivement. Je ne sais pas ce que j'ai!
—Je le sais, dit Harris avec solennité, et je m'en vais vous le dire. C'est cette bière allemande, que vous buvez. J'ai connu un homme...
—Ne me racontez pas son histoire en ce moment, dit George. C'est une histoire vraie, je n'en doute pas, mais je n'ai pas très envie de la connaître.
—Vous n'y êtes pas habitué, ajouta Harris.