Ipse ne efficiar, velimque solus

Te sine Elysios videre campos ?

Hunc, hunc pone metum, venusta, bella,

Vitæ dimidium meæ, Columba :

Nam quæcunque oculos tuos tenebit

Sedes, illa mihi domos Deorum,

Et campos referet beatiores.

XXV
LES BAISERS DE FAUSTINE[17]

Lorsque vers mes baisers tu tends et plies ton cou de neige, ô Colombe, avec ces yeux mi-clos qui ont je ne sais quel air noyé de tendresse, sous le désir mon âme se fond totalement, et, peu à peu, sur ta poitrine, je perds conscience et je retombe. Mais lorsque nos lèvres, tantôt jointes et tantôt retirées, font un sentier humide où s’animent à tour de rôle nos langues, et que, sur ta bouche pâmée, je peux dans mon bonheur cueillir des fleurs d’armoise, alors, oui ! alors il me semble, ô Jupiter tonnant, que je suis à ta table et, ô nectar sacré, que je te bois à longs traits en compagnie des dieux.

Ce sont là les joies les plus proches des plus grandes, ô Colombe ! Et, puisque tu les offres avec tant de complaisance à ton bienheureux amant, pourquoi lui refuser les plus grandes, pauvret, et du même temps faire un pauvret de lui, et faire un bienheureux ? Crains-tu par hasard qu’une telle jouissance me transforme en dieu ? et que je veuille m’en aller seul pour voir sans toi les champs élysées ? Allons, allons ! quitte cette crainte, ô gracieuse, jolie, moitié de ma vie, ô Colombe. Tu le sais : qu’un endroit charme seulement tes yeux, il devient pour moi le palais des dieux et les champs du plus grand bonheur[18].