Il ne se passait guère de mois, que la presse ne nous entretînt d'envoûtements, de messes noires, célébrées par des scélérats, mystiques à rebours, maniaques du sacrilège, perpétrant secrètement les rites immondes du Satanisme.
D'irréfutables documents attestent, en effet, de nos jours, l'existence du Satanisme. Les messes noires, les envoûtements, qui furent les scandales des siècles passés, sont pratiqués aujourd'hui encore.
Tout comme Dieu, Satan a ses fidèles dévots, qui lui rendent un culte, en de ténébreux sanctuaires.
Un des mieux renseignés sur ces effroyables rites, aussi bien pour le passé que pour le présent, était sans contredit J.-K. Huysmans, l'auteur de Là-Bas.
Quand, en 1890, il publia ce livre, qui fit un bruit énorme dans les lettres, et avec lequel il atteignit la grande renommée, l'horreur de la banalité, du «déjà vu», qui l'avait conduit jusqu'à l'extase devant l'artificiel—dans A Rebours—en lui faisant, par exemple, admirer la forme d'une orchidée parce que cette fleur a l'air de fumer sa pipe, devait l'entraîner jusqu'au très rare, au très étrange, au monstrueux—dans Là-Bas—en lui faisant décrire les sacrilèges obscénités de la messe noire et du Satanisme contemporain.
Huysmans avait l'obsession du document. Les grimoires, les in-folios, les pièces authentiques des procès de sorcellerie, conservés dans les archives des bibliothèques, lui fournirent, sur la Magie au moyen âge, des documents précis, d'où sortirent de remarquables pages.
Pour la Magie moderne, il se documenta dans les milieux occultistes et spirites.
Il assista, d'abord en sceptique, aux séances spirites; mais son scepticisme dut s'évanouir devant l'évidence d'incontestables faits de matérialisations, d'apports, et de lévitation d'objets.
Il connaissait, au Ministère de la Guerre, un chef de bureau, M. François, qui était un extraordinaire médium. Très souvent, réunissant quelques amis dans son appartement de la rue de Sèvres, Huysmans tentait, avec l'aide de M. François, des évocations. Un de ses familiers, M. Gustave Boucher, a raconté dans une petite brochure, non mise dans le commerce, les troublantes péripéties d'une séance de spiritisme au cours de laquelle les assistants crurent être témoins de la «matérialisation» du Général Boulanger[1].
Note 1: [(retour) ]
Gustave Boucher: Une séance de Spiritisme chez J.-K. Huysmans. Niort, 1908. Une plaquette in-32 carré, tirée à 200 exemplaires numérotés, non mis dans le commerce.