[CHAPITRE III]

[Voyage de découverte.—Les noix de coco.—Les calebassiers.—La canne à sucre.—Les singes.]

Au point du jour, les chants de nos coqs nous réveillèrent, et notre première pensée, à ma femme et à moi, fut d'entreprendre un voyage dans l'île pour tâcher de découvrir quelques-uns de nos infortunés compagnons. Ma femme comprit sur-le-champ que cette excursion ne pouvait s'effectuer en famille, et il fut résolu qu'Ernest et ses deux plus jeunes frères resteraient près de leur mère, tandis que Fritz, comme le plus prudent, viendrait avec moi. Mes fils furent alors réveillés à leur tour, et tous, sans en excepter le paresseux Ernest, quittèrent joyeusement leur lit de mousse.

Tandis que ma femme préparait le déjeuner, je demandai à Jack ce qu'il avait fait de son homard; il courut le chercher dans un creux de rocher où il l'avait caché pour le dérober aux chiens. Je le louai de sa prudence, et lui demandai s'il consentirait à m'en abandonner une patte pour le voyage que j'allais entreprendre.

«Un voyage! un voyage! s'écrièrent alors tous mes enfants en sautant autour de moi, et pour où aller?»

J'interrompis cette joie en leur déclarant que Fritz seul m'accompagnerait, et qu'ils resteraient au rivage avec leur mère, sous la garde de Bill, tandis que nous emmènerions Turc avec nous. Ernest nous recommanda de lui cueillir des noix de coco si nous en trouvions.

Je me préparai à partir, et commandai à Fritz d'aller chercher son fusil; mais le pauvre garçon demeura tout honteux, et me demanda la permission d'en prendre un autre, car le sien était encore tout tordu et faussé de la veille. Après quelques remontrances, je le lui permis; puis nous nous mîmes en marche, munis chacun d'une gibecière et d'une hache, ainsi que d'une paire de pistolets, sans oublier non plus une provision de biscuit et une bouteille d'eau.

Cependant, avant de partir, nous nous mîmes à genoux et nous priâmes tous en commun; puis je recommandai à Jack et à Ernest d'obéir à tout ce que leur mère leur ordonnerait pendant mon absence. Je leur répétai de ne pas s'écarter du rivage; car je regardais le bateau de cuves comme le plus sûr asile en cas d'événement. Quand j'eus donné toutes mes instructions, nous nous embrassâmes, et je partis avez Fritz. Ma femme et mes fils se mirent à pleurer amèrement; mais le bruit du vent qui soufflait à nos oreilles, et celui de l'eau qui coulait à nos pieds, nous empêchèrent bientôt d'entendre leurs adieux et leurs sanglots.

La rive du ruisseau était si montueuse et si escarpée, et les rocs tellement rapprochés de l'eau, qu'il ne nous restait souvent que juste de quoi poser le pied; nous suivîmes cette rive jusqu'à ce qu'une muraille de rochers nous barrât tout à fait le passage. Là, par bonheur, le lit du ruisseau était parsemé de grosses pierres; en sautant de l'une à l'autre nous parvînmes facilement au bord opposé. Dès ce moment notre marche, jusqu'alors facile, devint pénible; nous nous trouvâmes au milieu de grandes herbes sèches à demi brûlées par le soleil, et qui semblaient s'étendre jusqu'à la mer.