[CHAPITRE V]

[Voyage au navire.—Commencement du pillage.]

«Ah! disais-je, ma chère femme, je vois s'amonceler devant moi tant de peines et de fatigues, je vois tant de choses à accomplir, que je ne sais par quoi débuter. D'abord un voyage au navire est indispensable, car nous y avons abandonné nos bêtes et une foule d'objets de première nécessité, d'un autre côté des soins impérieux me retiennent à terre, où je devrais m'occuper de construire une habitation.»

Ma femme me répondit par ces paroles du Seigneur: «Ne remets jamais au lendemain, car chaque jour a ses devoirs, et fais chaque chose à son tour.»

Je décidai que Fritz, comme le plus fort et le plus adroit, m'accompagnerait au bâtiment, et que la mère demeurerait à terre avec les autres enfants. «Debout! debout!» criai-je alors.

Mes enfants entendirent ma voix, et se levèrent lentement. Quant à Fritz, il fut debout en un instant, et il courut aussitôt placer son chacal, que la nuit avait refroidi, debout près de la tente, pour jouir de la surprise de ses frères.

En le voyant ainsi sur ses jambes, nos dogues furieux, se mirent à aboyer de toutes leurs forces, ce qui amena bientôt les petits paresseux, curieux de connaître la cause du bruit qu'ils entendaient. Jack parut le premier, le petit singe sur l'épaule; mais l'animal fut si effrayé à l'aspect du chacal, qu'il s'enfuit avec rapidité et courut se blottir sous la mousse. Chacun de mes enfants s'en épouvanta de même, et ils décidèrent: Ernest, que c'était un renard; Jack, un loup; Franz, un chien; mais Fritz, triomphant, leur apprît que c'était un chacal.

Lorsque la curiosité fut un peu apaisée: «Enfants, m'écriai-je, celui qui commence la journée sans invoquer le Seigneur s'expose à travailler en vain.» Tous me comprirent, et nous nous jetâmes à genoux. La prière faite, mes enfants demandèrent à déjeuner; mais il n'y avait à leur donner que du biscuit, qui était si sec, qu'ils pouvaient à peine le broyer entre leurs dents. Fritz demanda la permission de prendre du fromage, et, tandis qu'il allait le chercher, Ernest se glissa adroitement vers celle des deux tonnes que nous n'avions pas encore défoncée. Il reparut au bout de quelques instants, d'un air tout joyeux.

ERNEST. «Si nous avions du beurre, cela vaudrait bien mieux, n'est-ce pas?