Vers le milieu du jour, Ernest et sa mère étant arrivés avec le chariot et les provisions, nous commençâmes nos préparatifs pour une halte de quelque durée. Notre premier soin fut d'entreprendre la réparation de toutes les fortifications de l'Écluse. Je m'abstiendrai d'entrer dans les détails de ce travail, qui nous occupa un mois entier.

Cette œuvre pénible fut entremêlée d'occupations moins importantes. La mère avait le département de la volaille et de la cuisine; j'étais chargé de rassembler une provision de terre a porcelaine; Fritz faisait des excursions dans son caïak; Ernest et Jack tentaient quelques promenades peu importantes dans les bois d'alentour; enfin Franz travaillait activement à la peau d'hyène, et il ne tarda pas à me la livrer en état de recevoir sa dernière préparation, travail que j'entrepris avec plaisir pour cet aimable enfant.


[CHAPITRE XIX]

[Le cacao.—Les bananes.—La poule sultane.—L'hippopotame.—Le thé et le câprier.—La grenouille géante.—Terreur de Jack.—L'édifice de Falken-Horst.—Le corps de garde dans l'île aux Requins.]

Les fortifications de l'Écluse étaient finies, et nous ne songions pas au retour. Il fallut s'occuper maintenant de la construction d'une habitation dans le voisinage. Sur la demande de Fritz, elle fut bâtie à la manière des huttes d'été du Kamtchatka. Nous avions remarqué quatre gros arbres disposés en carré parfait à une distance de douze à treize pieds l'un de l'autre. Je crus les reconnaître pour une espèce de platane, et leur tronc était entouré de vanille grimpante.

Les quatre troncs furent unis, à la hauteur d'environ vingt pieds, par une charpente en bambous. La façade du côté de l'Écluse fut percée de deux étroites fenêtres en forme de meurtrières. Le toit, terminé en pointe, était recouvert d'écorce. L'escalier était une longue poutre avec des entailles de chaque côté, comme on en voit quelquefois dans les navires. Cette poutre, fixée sur une seconde en saillie de la muraille, pouvait s'élever ou s'abaisser à volonté.

Au-dessous de la cabane, les quatre arbres furent encore réunis par une palissade de quatre à cinq pieds de hauteur, de manière à former une espèce de basse-cour où nous pourrions parquer quelques pièces de bétail ou enfermer la volaille.

Enfin l'espace intermédiaire entre la palissade et le plancher de la cabane fut rempli par une espèce de grillage en bambous. Pour compléter l'œuvre, je fis orner l'extérieur de quelques dessins à la chinoise, et comme nous avions laissé debout toutes les branches qu'il avait été possible d'épargner, notre cabinet de verdure ne ressemblait pas mal à un nid d'oiseau caché au milieu du feuillage.

Au reste, notre nouvelle construction nous rendit un service important en recevant les prisonniers ailés, qui commencèrent par s'accommoder fort peu des étroites limites de leur prison, mais auxquels le voisinage de notre demeure eut bientôt fait perdre une partie de leurs habitudes sauvages.