—Peut-être bien aussi, reprit Fritz, est-ce une sérénade de grenouilles géantes de maître Jack, qui porte au Cap le nom d'opplaser, si j'ai bonne mémoire, et qui ont la réputation de posséder une voix respectable.

—Ah! ah! répondis-je, c'est un tour de notre héros. Voilà donc le motif de sa contenance mystérieuse durant le chemin et de son empressement à nous prévenir à Felsen-Heim! Il va se trouver un peu déconcerté de voir son espièglerie si mal réussir. Que tout le monde prenne un air de profonde terreur lorsqu'on le verra s'approcher.»

On ne se le fit pas répéter deux fois, et ma petite comédie eut tout le succès désiré. Chacun courut aux armes, tandis que Fritz, les yeux hagards et la démarche tremblante, s'écriait du plus loin qu'il aperçut son frère: «Je l'ai vu enfin, le gaillard!—Quoi? qui? demanda Jack.—Un magnifique couguar, lui répondit son frère. Quel hurlement il a poussé en faisant son terrible bond!—Où donc cela? reprit Jack à voix basse.—Dans l'étang aux Canards, continua Fritz, mais il a pris la fuite en apercevant les chiens, et je le crois maintenant caché dans les marécages.

—Voulez-vous aller l'attaquer maintenant? demanda Jack.

—Sans doute, répondis-je à mon tour, sa peau nous fera une couverture, et comme je remarque avec plaisir que tu as pris une arme pour toi, tu vas nous accompagner à l'étang.

—Il paraît, se dit maître Jack à lui-même que je n'étais pas aussi sûr de mon fait que je l'avais cru d'abord.

—Alerte! m'écriai-je; Fritz et Jack vont conduire les chiens à l'ennemi; Franz et moi nous formerons le corps de bataille, et l'arrière-garde se composera d'Ernest et de sa mère.»

Jack, entièrement déconcerté, se glissa du côté de son frère Ernest, et lui demanda d'une voix tremblante: «Qu'est-ce que c'est que le couguar?

—C'est le tigre d'Amérique, appelé Felis concolor, animal....

—En voilà bien assez, s'écria le pauvre Jack, je ne reste pas une minute de plus.»