Je ne perdis pas une minute pour m'acquitter de mon message, qui causa d'abord un certain trouble parmi les gens de la pinasse; mais on ne tarda pas à se remettre, et au bout de quelques instants tout était prêt pour accueillir dignement le capitaine.

Une demi-heure après, la chaloupe du navire se dirigea vers nous, portant le capitaine, maître Willis le pilote, et le cadet Dunsley. Ma femme s'empressa de leur offrir des rafraîchissements, qui furent acceptés avec reconnaissance.

La plus aimable franchise ne tarda pas à s'établir entre la famille et ses nouveaux hôtes, et il fut résolu que toute la compagnie débarquerait le soir dans la baie pour aller visiter les malades. Le capitaine nous dit que parmi eux se trouvait un mécanicien, qui était confié aux soins de sa femme et de ses deux filles.

Notre visite auprès de M. Wolston et de sa famille fut des plus touchantes. Une femme pleine de grâces et deux charmantes jeunes filles de douze à quatorze ans étaient bien faites pour exciter notre intérêt au plus haut degré.

La soirée fut pleine de charme pour mon heureuse famille. Toute inquiétude avait disparu pour faire place à la perspective d'un retour si longtemps désiré, et la confiance établie déjà entre les habitants de la colonie et leurs nouveaux hôtes donnait à notre liaison d'une heure l'apparence d'une amitié de vingt ans. Nous restâmes sous des tentes que le capitaine nous avait fait préparer.

Le lecteur ne s'attend pas que je lui donne le récit de la longue conversation qui nous occupa, ma fidèle compagne et moi, durant les heures de cette nuit. Le capitaine était un homme trop bien appris pour nous accabler d'offres et de questions dans les premiers moments de notre rencontre, et de notre côté nous ne voulions nous ouvrir à lui qu'après une mûre délibération; car il fallait savoir avant tout s'il nous restait maintenant de solides raisons pour désirer de revoir l'Europe. Parfois j'étais tenté de demeurer dans le paisible séjour où la Providence nous avait jetés, en renonçant à jamais aux douteux avantages que nous promettait la vie civilisée. Ma fidèle épouse ne demandait qu'à terminer sa carrière sous le beau ciel que nous habitions; mais la solitude l'effrayait pour moi et pour ses enfants. Elle eût désiré me voir partir pour l'Europe avec les deux aînés, afin de ramener un petit nombre de compatriotes, à l'aide desquels il nous serait facile de fonder une colonie florissante qui recevrait le nom de Nouvelle-Suisse.

Nous résolûmes de confier notre projet au capitaine Littlestone, en lui racontant l'intention de mettre la colonie sous la protection de l'Angleterre. Un de nos plus grands embarras était de savoir lesquels de mes enfants je choisirais pour compagnons de voyage, car les raisons étaient les mêmes pour tous.

Nous finîmes par décider qu'il fallait attendre quelques jours encore, en conduisant les choses de manière que deux des enfants se trouvassent heureux de rester avec nous dans la colonie, tandis que les deux autres accompagneraient le capitaine Littlestone en Europe.

Dès le jour suivant, nous eûmes la satisfaction de voir arriver ce résultat désiré. Il avait été décidé, à déjeuner, que le capitaine nous accompagnerait à Felsen-Heim, avec son pilote, son cadet de marine et la famille du mécanicien, qui, après tant de souffrances, avait besoin de toutes les commodités d'une habitation saine et agréable.

La traversée fut une véritable partie de plaisir pour la petite escadre; car tous les cœurs étaient pleins d'espérance, et l'attente d'un heureux avenir épanouissait tous les visages.