—Bravo! lui répondis-je aussitôt que je le vis reparaître chargé de sa proie. Tu viens de rendre un grand service à notre poulailler; car c'est un animal bien dangereux et bien friand de volaille. Comment l'as-tu tué?

—Je l'ai vu sur un arbre, et je l'ai abattu d'un coup de fusil; mais dans un clin d'œil il s'est relevé; et il s'apprêtait à s'élancer, quand je lui tirai un coup de pistolet à bout portant. J'espère qu'il est bien plus beau que le chacal que Jack m'a écorché, et que mon cher frère ne me l'arrangera pas de même.

—Oui, c'est, je crois, un margaï d'Amérique; tu peux d'abord t'en faire une ceinture comme celle de Jack, et des quatre jambes des étuis pour les services de table.

—Et moi, mon papa, interrompit alors Jack, ne puis-je rien faire de la peau du porc-épic?

—Tu peux en faire aussi des étuis, car Fritz ne pourra nous en donner que quatre, et nous sommes six à table; mais je crois que tu feras mieux d'en faire une cotte de maille pour l'un de nos chiens.»

Mes enfants trouvèrent mes idées si heureuses, qu'ils ne me laissèrent aucun repos jusqu'à ce qu'elles fussent mises en œuvre. Ernest, cependant, qui se reposait tandis que sa mère et le petit Franz s'évertuaient à nous préparer à dîner, me dit:

«Mais enfin, mon père, de quelle espèce sont ces arbres?»

Nous hésitions entre des mangliers et des noyers, quand ma femme s'aperçut que le petit Franz mangeait une espèce de fruits, et l'entendit dire: «Oh! que c'est bon!» Elle courut à lui, les lui arracha des mains, et lui demanda: «Où as-tu trouvé cela?

—Dans l'herbe, répondit-il, c'en est rempli: les poules et les cochons en mangent.»

J'accourus au bruit, et je vis alors que ces beaux arbres étaient des figuiers; car c'était la véritable figue que le petit Franz avait dans les mains.