[CHAPITRE XXIV]

[L'onagre.—Le phormium tenax.—Les pluies.]

Un matin que nous étions occupés à mettre la dernière main à notre escalier, nous fûmes tout à coup surpris par des hurlements aigus et prolongés qui se faisaient entendre dans le lointain. Nos deux dogues dressèrent soudain les oreilles et semblaient se préparer au combat. Je fus effrayé, et j'ordonnai aussitôt à mes enfants de regagner le sommet de l'arbre. Nos armes furent chargées et disposées, et nous nous tenions en garde, jetant nos regards de tous côtés; mais le bruit ayant cessé quelques instants, et rien ne paraissant, je descendis à la hâte bien armé, je rassemblai notre bétail épars, revêtis mes chiens de leurs colliers à pointes, et remontai sur l'arbre pour attendre l'arrivée de l'ennemi.

JACK. «C'est le hurlement du lion. Je serais charmé de me trouver en face de ce noble animal, qui est, dit-on, aussi généreux que brave.

MOI. Généreux, soit; cependant ne t'y fie pas. Mais ce ne sont pas des lions assurément, leurs rugissements sont plus prolongés et moins aigus que ceux-ci.

FRITZ. Ce sont peut-être des chacals qui viennent nous demander vengeance de la mort de leurs frères.

ERNEST. Je crois plutôt que ce sont des hyènes, dont le hurlement doit être aussi affreux que la mine.

FRANZ. Ce sont simplement des cris de guerre de quelques sauvages qui viennent manger leurs prisonniers.

MOI. Quoi que ce puisse être, faisons bonne contenance, et prenons garde de laisser abattre notre courage par des craintes prématurées.»

Tandis que je parlais ainsi, je vis Fritz se mettre à rire et à jeter tout d'un coup son fusil de côté: il avait reconnu le terrible ennemi qui nous menaçait.