Tandis que j'expliquais à notre étourdi de Jack, qui m'avait demandé pourquoi nous n'avions pas pris simplement de l'eau de mer, que cette eau n'aurait pu nous servir parce qu'elle contient d'autres matières d'un goût désagréable, ma femme acheva la soupe et nous annonça qu'elle était bonne à manger.

«Un moment, lui dis-je, nous attendons Fritz; et d'ailleurs, comment nous y prendre pour la manger? Tu ne veux sans doute pas que nous portions tour à tour à notre bouche ce chaudron lourd et brûlant!

—Si nous avions des noix de coco, dit Ernest, nous les couperions en deux et nous en ferions des cuillers.

—Si nous avions de magnifiques couverts d'argent, répliquai-je, cela vaudrait bien mieux.

—Mais au moins, reprit-il, nous pourrions nous servir de coquillages.

—Bonne idée! m'écriai-je! mais, ma foi, nos doigts pourraient bien tremper dans la soupe, car nos cuillers n'auront pas de manches. Va donc nous en chercher.»

Jack se leva en même temps et se mit à courir; et il était déjà dans l'eau bien avant que son frère fût arrivé au rivage. Il détacha une grande quantité d'huîtres et les jeta à Ernest, qui les enveloppa dans son mouchoir, tout en ramassant un grand coquillage, qu'il mit avec soin dans sa poche. Tandis qu'ils revenaient, nous entendîmes la voix de Fritz dans le lointain. Nous y répondîmes avec de joyeuses acclamations, et je me sentis soulagé d'un grand poids, car son absence nous avait fort inquiétés.

Il s'approcha de nous, une main derrière son dos, et nous dit d'un air triste: «Rien.

—Rien? dis-je.

—Hélas! non,» reprit-il. Au même instant ses frères, qui tournaient autour de lui, se mirent à crier: «Un cochon de lait! un cochon de lait! Où l'as-tu trouvé? Laisse-nous voir.» Tout joyeux alors, il montra sa chasse.