FAUST.
Je souhaiterais que tu eusses mieux à faire, qu'à me venir tourmenter dans mes bons moments.
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Hé mais, je ne demande pas mieux que de te laisser en repos. Comment oses tu me dire cela sérieusement? Avec un être aussi disgracieux, aussi rechigné, aussi fou que toi, toute peine est en vérité perdue. Continuellement on a les mains pleines; et, sur ce qui convient à monsieur, sur ce qu'on doit faire pour lui, on n'en saurait tirer une parole.
FAUST.
Voilà bien de ses prétentions! Il veut encore un remerciement, pour m'avoir ennuyé.
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Et comment donc, pauvre enfant de la terre, aurais-tu passé ta vie sans moi? C'est moi qui t'ai guéri des égarements de ton imagination, sans moi tu serais déjà parti pour l'autre monde. Qu'as-tu à te morfondre ici, niché comme un hibou dans les cavernes et dans les fentes des rochers? Qu'as-tu à sucer la mousse pourrie, à lécher les pierres humides, à te nourrir de fangecomme un crapaud? Joli passe-temps, occupation agréable!... Le Docteur est toujours ancré dans ton corps.
FAUST.
Comprends-tu seulement quelle force nouvelle m'a donnée cette course dans le désert?... Oui, si tu pouvais en avoir l'idée, tu serais assez Diable pour me priver de mon bonheur.