MARGUERITE.

Sa présence me glace le sang. J'ai autrement de la bienveillance pour tout le monde: mais autant que j'ai de plaisir à te regarder, autant je frissonne à l'aspect de cet homme. Et c'est ce qui fait que je le tiens pour un misérable... Dieu me pardonne, si je lui fais injure!

FAUST.

Il faut bien qu'il y ait aussi de ces gens-là dans le monde.

MARGUERITE.

Je ne voudrais pas vivre avec son pareil. Vient-il à se présenter à la porte, il a toujours l'air moqueur, et à moitié en colère: on voit qu'il ne prend aucune part à rien, il est écrit sur son front qu'il ne peut aimer personne. Je suis si bien, près de toi, si libre, si à l'aise! Eh bien, même alors il suffit de sa présence pour me serrer le cœur.

FAUST, à part.

Pressentiments d'un Ange!

MARGUERITE.

Cette idée me domine à un tel point que, dès qu'il s'approche de nous, je crois en vérité... que je ne t'aime plus. Et puis, quand il est là, je ne peux jamais prier; cela me trouble la conscience. Il en doit être de même pour toi, Henri.