Qu'il était différent, Marguerite, l'état de ton âme, lorsque pleine encore d'innocence tu t'approchais de ce même autel, en balbutiant des prières, les yeux fixés sur ce petit livre usé, le cœur partagé entre les jeux de l'enfance et l'amour de Dieu! Marguerite, qu'est devenue ta paix? Dans ton cœur que de souillures! Pries-tu pour l'âme de ta mère, que tu as fait descendre au tombeau à travers une lente, lente agonie? Sur le seuil de ta porte, quel est ce sang? Qui l'a versé?... Et ne sens-tu pas s'agiter dans tes flancs une créature, qui va bientôt naître pour ton tourment et pour le sien? Avenir funeste!

MARGUERITE.

Malheureuse!... Ah! si je pouvais me soustraire aux pensées qui se succèdent en tumulte dans mon âme et s'élèvent contre moi!

CHŒUR.

Dies iræ, dies illa
Solvet sæclum in favilla[18].

(L'orgue joue.)

LE MAUVAIS ESPRIT.

La colère de Dieu fond sur toi; la trompette sonne; les tombeaux s'ébranlent; et les cendres de ton corps, ranimées pour les flammes éternelles tressaillent de terreur!

MARGUERITE.

Que ne suis-je loin d'ici! Le son de cet orgue m'ôte la respiration, ces chants abattent mes forces et déchirent mon cœur.