FAUST.
Chien, abominable monstre!... Rends-lui, Esprit infini, rends à ce vermisseau cette forme de chien, sous laquelle il s'est amusé tant de fois à rôder pendant la nuit, pour mordre les jambes du voyageur paisible, et se jeter sur ses épaules quand il l'avait renversé: rends-lui cette forme favorite que devant moi dans le sable il rampe sur son ventre, et que je le foule aux pieds, l'infame!—«Ce n'est pas la première!»—Horrible idée, idée incompréhensible à toute âme humaine! Que plus d'une créature ait été plongée dans l'abîme d'une telle misère; que la première, dans les agonies de sa mort, n'ait pas payé pour toutes les autres aux regards de l'éternelle pitié! La misère d'une seule a suffi pour glacer jusqu'à la moelle de mes os; et toi, tu souris tranquillement, en parlant du sort affreux de quelques milliers d'entre elles!
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Nous sommes à peine à l'a. b. c. de notre esprit, que déjà, vous autres hommes, vous l'avez perdu. Pourquoi fais-tu société avec nous, si tu n'en peux supporter les conséquences? Tu veux voler, et tu crains le vertige!... D'ailleurs est-ce moi qui me suis jeté à ta tête, ou toi à la mienne?
FAUST.
Ne grince pas tes dents de tigre si près de moi, tu me fais horreur!... Esprit sublime, toi qui m'as jugé digne de te contempler, toi qui connais mon cœur et mon âme, pourquoi m'as-tu attelé au même joug que ce misérable, qui se nourrit de désastres, qui se complaît dans la destruction?
MÉPHISTOPHÉLÈS.
As-tu fini?
FAUST.
Sauve-la ou malheur à toi, la plus effroyable malédiction sur toi, aux siècles des siècles!