Tes cris vont réveiller les gardes.

(Il saisit les chaînes pour les détacher.)

MARGUERITE à genoux.

Bourreau, qui t'a donné cette puissance sur moi?... Tu viens déjà me chercher, dès minuit? Aie pitié de moi, et laisse-moi vivre encore. Demain, au point du jour, ne sera-ce pas assez tôt? (Elle se relève.) Je suis si jeune, si jeune... et déjà il faut mourir... J'étais belle aussi, et ce fût ma perte... Mon ami était alors près de moi; il est bien loin maintenant; ma guirlande est arrachée, ses fleurs sont dispersées... Ne me saisis pas avec tant de violence, épargne-moi; que t'ai-je fait?... Ne me laisse pas pleurer en vain... Je ne t'ai jamais vu de ma vie!

FAUST.

Comment résister à tant de douleurs?

MARGUERITE.

Je suis tout-à-fait en ta puissance; permets-moi une fois seulement d'allaiter encore mon enfant. Je l'ai serré contre mon cœur toute la nuit; ils me l'ont pris pour me faire du chagrin, et ils disent à présent que je l'ai tué... Jamais je ne reprendrai ma gaité: ils chantent des chansons sur moi... C'est bien méchant de leur part!... Un vieux conte finit comme cela: Que veulent-ils donc dire?

FAUST se jette à ses pieds.

Ton amant est à tes genoux, il vient briser tes horribles chaînes.