MARGUERITE.

J'ai tué ma mère; mon enfant, je l'ai noyé. Ne te fût-il pas donné, à toi, comme à moi? Oui, à toi... C'est toi! j'ai peine à le croire. Donne-moi ta main... ce n'est pas un songe... ta main chérie!... Oh! mais elle est humide; essuie-la, je crois qu'il y a du sang... Ah! Dieu! qu'as-tu fait?... Rengaine ton épée, je t'en supplie!

FAUST.

Ce qui est fait est fait, laisse là le passé, tu me feras mourir.

MARGUERITE.

Non, il faut que tu vives, toi. Je vais te décrire les tombeaux que tu dois élever demain. Donne à ma mère la meilleure place, mets mon frère tout près d'elle, moi un peu de côté... pas trop loin pourtant, et mon enfant à ma droite. Du reste, personne ne doit reposer près de moi... Reposer à tes côtés, c'eût été pour moi un grand bonheur; mais il ne m'appartient plus; j'ai beau m'efforcer de me rapprocher de toi, il me semble toujours que tu me repousses violemment... Et cependant c'est bien toi; et tu me regardes avec tant de bonté, de tendresse!

FAUST.

Si tu sens que c'est moi, viens donc!

MARGUERITE.

Dehors?