Sous quelque habit que ce soit, la vie sera toujours pénible pour moi, le monde toujours vide et sans charmes. Je suis trop vieux pour m'amuser, trop jeune pour être sans désirs. Que peut m'offrir ce monde?... «L'impuissance est ton lot! ton lot, c'est l'impuissance!» Voilà l'éternel refrain, qui fatigue les oreilles de l'homme; voilà ce que, d'un bout de la vie à l'autre, un mauvais Génie lui répète à chaque heure d'une voix cassée. Ce n'est qu'avec effroi, que je contemple l'aurore à mon réveil je pleure avec amertume, en voyant poindre ce jour, qui dans sa carrière n'accomplira pas un de mes souhaits, pas un seul; ce jour, qui étouffe jusqu'au pressentiment de la plus mince de mes jouissances; ce jour, dont les contrariétés sans nombre doivent bientôt glacer l'inspiration qui m'échauffe et qui remue mes entrailles... Puis il faut, lorsque la nuit tombe, il faut m'étendre, solitaire et désolé, sur un lit où le repos ne me visitera point, où des rêves horribles viendront agiter mon sommeil. Le Dieu, qui habite en mon sein, peut bien ébranler mes fibres secrètes; mais celui qui règne sur toutes mes forces, ne saurait rien déplacer autour de moi. C'est pourquoi le jour me pèse; c'est pourquoi je souhaite la mort, et j'ai la vie en horreur.
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Et cependant, la mort n'est jamais un hôte très-bien venu.
FAUST.
O heureux celui dont, au milieu de l'éclat d'une victoire, elle vient ceindre les tempes d'un laurier sanglant! Heureux celui qu'après l'ivresse d'une danse fougueuse, elle endort dans les bras d'une jeune fille! Oh! que ne suis-je embrasé, consumé, par la flamme du grand Esprit! Que ne suis-je abîmé dans ses profondeurs!
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Et cependant, cette nuit même, quelqu'un n'a pas avalé certaine liqueur brune...
FAUST.
Il paraît que l'espionnage est ton occupation favorite.
MÉPHISTOPHÉLÈS.