25 mai.
J'avais quelque chose en tête dont je ne voulais vous parler qu'après coup; mais, puisqu'il n'en sera rien, je puis vous le dire actuellement. Je voulais aller à la guerre. Ce projet m'a tenu longtemps au cœur. Ç'a été le principal motif qui m'a engagé à suivre ici le prince, qui est général au service de Russie. Je lui ai découvert mon dessein dans une promenade, il m'en a détourné; et il y aurait eu plus d'entêtement que de caprice à moi de ne pas me rendre à ses raisons.
11 juin.
Dis ce que tu voudras, je ne puis demeurer ici plus longtemps. Que faire ici? je m'ennuie. Le prince me regarde comme un égal. Fort bien; mais je ne suis point à mon aise. Et, dans le fond, nous n'avons rien de commun ensemble. C'est un homme d'esprit, mais d'un esprit tout à fait ordinaire; sa conversation ne m'amuse pas plus que la lecture d'un livre bien écrit. Je resterai encore huit jours, puis je recommencerai mes courses vagabondes. Ce que j'ai fait de mieux ici, ça été de dessiner. Le prince est amateur, et serait même un peu artiste, s'il était moins engoué du jargon scientifique. Souvent je grince les dents d'impatience et de colère, lorsque je m'échauffe à lui faire sentir la nature et à l'élever à l'art, et qu'il croit faire merveille s'il peut mal à propos fourrer dans la conversation quelque terme bien technique.
16 juillet.
Oui, sans doute, je ne suis qu'un voyageur, un pèlerin sur la terre! Êtes-vous donc plus?