Cela ne me dédommagera pas tout à fait. Je ne sais... je crois pourtant qu'avec le temps celui-ci me deviendra aussi plus cher.


11 septembre.

Elle avait été absente quelques jours pour aller chercher Albert à la campagne. Aujourd'hui j'entre dans sa chambre; elle vient au-devant de moi, et je baisai sa main avec mille joies.

Un serin vole du miroir, et se perche sur son épaule. «Un nouvel ami,» dit-elle. Et elle le prit sur sa main.

«Il est destiné à mes enfants: il est si joli! Regardez-le. Quand je lui donne du pain, il bat des ailes et becquète si gentiment! Il me baise aussi: voyez.

Lorsqu'elle présenta sa bouche au petit animal, il becqueta dans ses douces lèvres, et il les pressait comme s'il avait pu sentir la félicité dont il jouissait.

«Il faut aussi qu'il vous baise,» dit-elle. Et elle approcha l'oiseau de ma bouche. Son petit bec passa des lèvres de Charlotte aux miennes, et ses picotements furent comme un souffle précurseur, un avant-goût de jouissance amoureuse.

—Son baiser, dis-je, n'est point tout à fait désintéressé. Il cherche de la nourriture, et s'en va non satisfait d'une vide caresse.

—Il mange aussi dans ma bouche,» dit-elle. Et elle lui présenta un peu de mie de pain avec ses lèvres, où je voyais sourire toutes les joies innocentes, tous les plaisirs, toutes les ardeurs d'un amour mutuel.