eu fermé (comme dans heureux), eu ouvert (comme dans heure) et u.

Enfin les quatre nasales: on (nasale de ô), an (nasale de â), in (nasale de è et non pas de i) et un (nasale de eu).

L'Académie n'ayant pas réglé la prononciation exacte des mots, l'accord sur ce point n'est pas établi[ [10]. Ainsi, Littré veut qu'on prononce fermé le premier e des mots tels que éternel et céleste; il est forcé cependant d'avouer que, dans les terminaisons ége, l'orthographe fixée autrefois par l'Académie est contraire à la prononciation exacte. Il distingue, comme Michelot, deux e ouverts à des degrés différents; mais il veut que dans les temps du verbe aimer, le premier son se prononce toujours comme ê; que dans le verbe blesser, la première voyelle se prononce toujours comme è, et dans le verbe laisser, toujours comme ê (c'est-à-dire très ouvert). Eh bien, appliquez cette prononciation aux deux vers de Racine que tout le monde cite comme un parfait modèle:

Ariane, ma sœur, de quel amour blessée

Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée!

Il me semble qu'en disant blèssée et lêssée, on gâte sensiblement l'harmonie de ces vers, qui est très belle si l'on prononce bléssée et léssée, comme le voulait Michelot et comme paraît le vouloir aussi M. Legouvé[ [11]. Puisque nous parlons de la «musique» des vers, avouons que c'est une singulière musique: à chaque instant on ne sait s'il faut faire un dièze ou un bémol.

On peut légèrement altérer les voyelles, selon qu'on veut faire dominer le timbre clair ou le timbre sombre, mais quand cette altération devient trop sensible, les voyelles se substituent les unes aux autres. Nous en avons des preuves journalières dans le charabia des chanteurs aimant à faire la grosse voix. D'autre part, il arrive que des sopranos à voix blanche et légère altèrent les voyelles en sens contraire. Mme Cabel en était un des exemples les plus marqués. Il suffisait de l'avoir entendue dans le Pardon de Ploërmel, commencer ainsi: Bélla mê chévre chérie.

Involontairement nous altérons le timbre des voyelles, selon les sentiments dont nous sommes affectés ou que nous voulons exprimer. Le timbre sombre convient en général dans les dispositions graves, sérieuses ou tristes; le timbre clair à la gaîté. En Angleterre, on appelle l'angine granuleuse «la maladie des prédicateurs», parce qu'elle provient chez eux de l'abus du timbre sombre.

La différence de timbre des voyelles peut fournir un moyen de trancher la question de l'hiatus. La règle draconienne, contre laquelle se révolte Th. de Banville, avec raison, n'existait pas autrefois. Il est assurément peu logique que deux voyelles puissent se rencontrer au milieu d'un mot et que les mêmes voyelles ne puissent pas le faire si l'une se trouve à la fin d'un mot, et l'autre au commencement du mot suivant, ou qu'elles le puissent dans ce cas, si elles sont séparées par un e muet qui s'élide. Il y a une grande différence entre des hiatus tels que les suivants: