Il revint donc à la charge; mais il mit auparavant une couple d'oreillers sous mes reins pour donner plus d'élévation au but où il voulait frapper. Ensuite, il marque du doigt sa visée, et s'élançant tout à coup avec furie, sa prodigieuse raideur brise l'union de cette tendre partie et pénètre justement à l'entrée. Alors, s'apercevant du petit progrès, il force le détroit, ce qui me causa une douleur si cuisante que j'aurais crié au meurtre si je n'avais appréhendé de le fâcher. Je retins mon haleine, et serrant mes jupes entre mes dents, je les mordais pour faire diversion au mal que je souffrais. A la fin, les barrières délicates ayant cédé à de violents efforts, il pénétra plus avant. Le cruel, en cet instant, ne se possédant plus, se précipite avec ivresse; il déchire, il brise tout ce qu'il rencontre et, couvert et fumant de sang virginal, il parvient au bout de sa carrière... J'avoue qu'alors la force me manqua: je criai comme si l'on m'eût égorgée et perdis entièrement connaissance.

Quelques moments après, quand j'eus repris mes sens, je me trouvai au lit toute nue entre les bras de mon adorable meurtrier. Je le regardai languissamment et lui demandai, par manière de reproche, si c'était là la récompense de mon amour. Charles, à qui j'étais devenue plus chère par le triomphe qu'il venait de remporter, me dit des choses si touchantes que le plaisir de voir et de penser que je lui appartenais effaça, dans la minute, jusqu'au moindre souvenir de mes souffrances.

L'accablement où je me trouvais ne me permettant pas de me lever, nous dînâmes au lit. Néanmoins, une aile de poulet, que je mangeai d'assez bon appétit, et deux ou trois verres de vin me remirent en état de supporter une nouvelle épreuve. Mon ami ne tarda pas à s'en apercevoir, par les transports et la tendre fureur avec lesquels je me livrai à ses embrassements. Mon bel adolescent étant collé à moi dans tous les plis et replis où nos corps pouvaient s'enlacer, incapable de refréner la fureur de ses nouveaux désirs, lâche la bride de son coursier et couvrant ma bouche de baisers humides et brûlants, il me livra un nouvel assaut; poussant, perçant, déchirant, il se fraye sa route à travers ces tendres défilés déjà ravagés, non sans me faire encore beaucoup souffrir; mais j'étouffai mes cris et supportai l'opération en véritable héroïne. Cependant, quelques soupirs languissants qui lui échappèrent, ses joues d'un rouge plus foncé, ses yeux convulsés comme dans l'ivresse, un doux frisson qui le prit, m'annoncèrent qu'il touchait au souverain plaisir, que la douleur toujours trop cuisante m'empêchait de partager.

Ce ne fut qu'un peu plus tard que je ressentis pleinement le bonheur d'amour qui me fit passer de l'excès des douleurs au comble de la félicité. Je commençai alors à partager ces plaisirs suprêmes, à goûter ces transports délicieux, ces sensations trop vives et trop ardentes pour qu'on puisse y résister longtemps. Heureusement la nature a pourvu, par ces dissolutions momentanées, à ce délire et à ce tremblement universel qui précèdent et accompagnent le plaisir et l'épanchement de la liqueur divine.

C'est dans de pareils passe-temps que nous gagnâmes l'heure du souper. Nous mangeâmes à proportion du fatigant exercice que nous avions fait. Pour moi, j'étais si transportée de joie, en comparant mon bonheur actuel avec l'insipide genre de vie que j'avais mené ci-devant, que je n'aurais pas cru l'avoir acheté trop cher quand sa durée n'eût été que d'un moment. La jouissance présente était tout ce qui remplissait ma petite cervelle. Enfin la nature, qui avait besoin de réparation, nous ayant invités au repos, nous nous endormîmes. Mon sommeil fut d'autant plus délectable que je le passai dans les bras de mon amant.

Quoique je ne m'éveillasse le lendemain que fort tard, Charles dormait encore profondément. Je me levai le plus doucement que je pus et me rajustai de mon mieux. Ma toilette achevée, je m'assis au bord du lit pour me repaître du plaisir de contempler mon Adonis. Il avait sa chemise roulée jusqu'au cou; mes deux yeux n'étaient de trop pour jouir pleinement d'une vue si ravissante. Oh! pourrai-je vous peindre sa figure, telle que je la revois en ce moment, présente encore à mon imagination enchantée! Le type parfait de la beauté masculine en pleine évidence! Imaginez-vous un visage sans défaut, brillant de toute l'efflorescence, de toute la verdoyante fraîcheur d'un âge où la beauté n'a pas de sexe: à peine le premier duvet sur la lèvre supérieure commençait-il à faire distinguer le sien.

L'interstice de ses lèvres (une double bordure de rubis) semblait exhaler un air plus pur que celui qu'il respirait: ah! quelle violence ne dus-je pas me faire pour m'abstenir d'un baiser si tentant!

Son cou exquisement modelé, qu'ornait par derrière et sur les côtés une chevelure flottante en boucles naturelles, attachait sa tête à un corps de la forme la plus parfaite et de la plus vigoureuse contexture; toute la force de la virilité s'y trouvait cachée, adoucie en apparence par la délicatesse de sa complexion, le velouté de sa peau et l'embonpoint de sa chair.

La plate-forme de sa poitrine blanche comme la neige, déployée dans de viriles proportions, présentait, au sommet vermillonné de chaque mamelon, l'idée d'une rose prête à fleurir.

La chemise ne m'empêchait pas non plus d'observer cette symétrie de ses membres, cette régularité de sa taille dans sa chute vers les reins, là où finit la ceinture et où commence le renflement arrondi des hanches; où sa peau luisante, soyeuse et d'une éblouissante blancheur s'étendait sur la chair abondante, ferme, dodue et mûre, qui frissonnait et se plissait à la moindre pression et sur laquelle le doigt, incapable de se poser, glissait sur la surface de l'ivoire le plus poli.