«Ô bonté infinie, bonté immense! qui du mal produira tout ce bien, et le mal changera en bien! merveille plus grande que celle qui d'abord par la création fit sortir la lumière des ténèbres. Je suis rempli de doute: dois-je me repentir à présent du péché que j'ai commis et occasionné, ou dois-je m'en réjouir beaucoup plus, puisqu'il en résultera beaucoup plus de bien: à Dieu plus de gloire, aux hommes plus de bonne volonté de la part de Dieu, et la grâce surabondant où avait abondé la colère? Mais dis-moi, si notre libérateur doit remonter aux cieux, que deviendra le peu de ses fidèles, laissé parmi le troupeau infidèle, les ennemis de la vérité? Qui alors guidera son peuple? qui le défendra? Ne traiteront-ils pas plus mal ses disciples qu'ils ne l'ont traité lui-même?»
«Sois sûr qu'ils le feront, dit l'ange: mais du ciel il enverra aux siens un Consolateur, la promesse du Père, son Esprit qui habitera en eux, et écrira la loi de la foi dans leur cœur, opérant par l'amour pour les guider en toute vérité. Il les revêtira encore d'une armure spirituelle, capable de résister aux attaques de Satan et d'éteindre ses dards de feu. Ils ne seront point effrayés de tout ce que l'homme pourra faire contre eux, pas même de la mort. Ils seront dédommagés de ces cruautés par des consolations intérieures, et souvent soutenus au point d'étonner leurs plus fiers persécuteurs; car l'Esprit (descendu d'abord sur les apôtres que le Messie envoya évangéliser les nations, et descendu ensuite sur tous les baptisés) remplira ces apôtres de dons merveilleux pour parler toutes les langues et faire tous les miracles que leur Maître faisait devant eux. Ils détermineront ainsi une grande multitude dans chaque nation à recevoir avec joie les nouvelles apportées du ciel. Enfin, leur ministère étant accompli, leur course achevée, leur doctrine et leur histoire laissées écrites, ils meurent.
«Mais à leur place, comme ils l'auront prédit, des loups succéderont aux pasteurs, loups ravissants qui feront servir les sacrés mystères du ciel à leurs propres et vils avantages, à leur cupidité, à leur ambition: et par des superstitions, des traditions humaines, ils infecteront la vérité déposée pure seulement dans ces actes écrits, mais qui ne peut être entendue que par l'Esprit.
«Ils chercheront à se prévaloir de noms, de places, de titres, et à joindre à ceux-ci la temporelle puissance, quoiqu'en feignant d'agir par la puissance spirituelle, s'appropriant l'Esprit de Dieu, promis également et donné à tous les croyants. Dans cette prétention, des lois spirituelles seront imposées par la force charnelle à chaque conscience, lois que personne ne trouvera sur le rôle de celles qui ont été laissées, ou que l'Esprit grave intérieurement dans le cœur.
«Que voudront-ils donc, sinon contraindre l'Esprit de la grâce même et lier la liberté sa compagne? Que voudront-ils, sinon démolir les temples vivants de Dieu, bâtis pour durer par la foi, leur propre foi, non celle d'un autre? (car sur terre, qui peut être écouté comme infaillible contre la foi et la conscience!) Cependant plusieurs se présumeront tels: de là une accablante persécution s'élèvera contre tous ceux qui persévéreront à adorer en esprit et en vérité. Le reste, ce sera le plus grand nombre, s'imaginera satisfaire à la religion par des cérémonies extérieures et des formalités spécieuses. La vérité se retirera percée des traits de la calomnie, et les œuvres de la foi seront rarement trouvées.
«Ainsi ira le monde, malveillant aux bons, favorable aux méchants, et sous son propre poids gémissant, jusqu'à ce que se lève le jour du repos pour le juste, de vengeance pour le méchant; jour du retour de celui si récemment promis à ton aide, de ce Fils de la femme, alors obscurément annoncé, à présent plus amplement connu pour ton Sauveur et ton Maître.
«Enfin, sur les nuages il viendra du ciel, pour être révélé dans la gloire du Père, pour dissoudre Satan avec son monde pervers. Alors de la masse embrasée, purifiée et raffinée, il élèvera de nouveaux cieux, une nouvelle terre, des âges d'une date infinie, fondés sur la justice, la paix, l'amour, et qui produiront pour fruits la joie et l'éternelle félicité.»
L'ange finit, et Adam lui répliqua pour la dernière fois:
«Combien ta prédiction, ô bienheureux voyant, a mesuré vite ce monde passager, la course du temps jusqu'au jour où il s'arrêtera fixé! au-delà, tout est abîme, éternité, dont l'œil ne peut atteindre la fin! Grandement instruit, je partirai d'ici, grandement en paix de pensée, et je suis rempli de connaissances autant que ce vase peut en contenir; aspirer au delà a été ma folie. J'apprends de ceci que le mieux est d'obéir, d'aimer Dieu seul avec crainte, de marcher comme en sa présence, de reconnaître sans cesse sa providence, de ne dépendre que de lui, miséricordieux pour tous ses ouvrages surmontant toujours le mal par le bien, par de petites choses accomplissant les grandes, par des moyens réputés faibles renversant la force du monde, et le sage du monde, par la simplicité de l'humble: je sais désormais que souffrir pour la cause de la vérité c'est s'élever par la force à la plus haute victoire, et que pour le fidèle la mort est la porte de la vie; je suis instruit de cela par l'exemple de celui que je reconnais à présent pour mon Rédempteur à jamais béni.»
L'Ange à Adam répliqua aussi pour la dernière fois: