«Mon Père, ta parole est prononcée: L'HOMME TROUVERA GRÂCE. La grâce ne trouvera-t-elle pas quelque moyen de salut, elle qui, le plus rapide de tes messagers ailés, trouve un passage pour visiter tes créatures, et venir à toutes, sans être prévue, sans être implorée, sans être cherchée? Heureux l'homme si elle le prévient ainsi! Il ne l'appellera jamais à son aide, une fois perdu et mort dans le péché: endetté et ruiné, il ne peut fournir pour lui ni expiation, ni offrande.

«Me voici donc, moi pour lui, vie pour vie; je m'offre: sur moi laisse tomber ta colère; compte-moi pour homme. Pour l'amour de lui, je quitterai ton sein, et je me dépouillerai volontairement de cette gloire que je partage avec toi; pour lui je mourrai satisfait. Que la mort exerce sur moi toute sa fureur: sous son pouvoir ténébreux je ne demeurerai pas longtemps vaincu. Tu m'as donné de posséder la vie en moi-même à jamais; par toi je vis, quoique à présent je cède à la Mort; je suis son dû en tout ce qui peut mourir en moi.

«Mais cette dette payée, tu ne me laisseras pas sa proie dans l'impur tombeau; tu ne souffriras pas que mon âme sans tache habite là pour jamais avec la corruption; mais je ressusciterai victorieux, et je subjuguerai mon vainqueur dépouillé de ses dépouilles vantées. La Mort recevra alors sa blessure de mort, et rampera inglorieuse, désarmée de son dard mortel. Moi, à travers les airs, dans un grand triomphe, j'emmènerai l'enfer captif malgré l'enfer, et je montrerai les pouvoirs des ténèbres enchaînés. Toi, charmé à cette vue, tu laisseras tomber du ciel un regard, et tu souriras, tandis qu'élevé par toi je confondrai tous mes ennemis, la Mort la dernière, et avec sa carcasse je rassasierai le sépulcre. Alors, entouré de la multitude par moi rachetée, je rentrerai dans le ciel après une longue absence; j'y reviendrai, ô mon Père, pour contempler ta face sur laquelle aucun nuage de colère ne restera, mais où l'on verra la paix assurée et la réconciliation; désormais la colère n'existera plus, mais en ta présence la joie sera entière.»

Ici ses paroles cessèrent, mais son tendre aspect silencieux paraît encore, et respirait un immortel amour pour les hommes mortels, au-dessus duquel brillait seulement l'obéissance filiale. Content de s'offrir en sacrifice, il attend la volonté de son Père. L'admiration saisit tout le ciel, qui s'étonne de la signification de ces choses, et ne sait où elles tendent. Bientôt le Tout-Puissant répliqua ainsi:

«Ô toi, sur la terre et dans le ciel, seule paix trouvée pour le genre humain sous le coup de la colère! Ô toi, unique objet de ma complaisance! tu sais combien me sont chers tous mes ouvrages; l'homme ne me l'est pas moins, quoique le dernier créé, puisque pour lui je te séparerai de mon sein et de ma droite, afin de sauver (en te perdant quelque temps) toute la race perdue. Toi donc qui peux seul la racheter, joins à ta nature la nature humaine, et sois toi-même homme parmi les hommes sur la terre; fais-toi chair quand les temps seront accomplis, et sors du sein d'une vierge par une naissance miraculeuse. Sois le chef du genre humain dans la place d'Adam, quoique fils d'Adam. Comme en lui périssent tous les hommes, en toi, ainsi que d'une seconde racine, seront rétablis tous ceux qui doivent l'être; sans toi, personne. Le crime d'Adam rend coupables tous ses fils; ton mérite, qui leur sera imputé, absoudra ceux qui, renonçant à leurs propres actions, justes ou injustes, vivront en toi transplantés, et de toi recevront une nouvelle vie. Ainsi l'homme, comme cela est juste, donnera satisfaction pour l'homme; il sera jugé et mourra; et en mourant il se relèvera, et en se relevant relèvera avec lui tous ses frères rachetés par son sang précieux. Ainsi l'amour céleste l'emportera sur la haine infernale en se donnant à la mort, en mourant pour racheter si chèrement ce que la haine infernale a si aisément détruit, ce qu'elle continuera de détruire dans ceux qui, lorsqu'ils le peuvent, n'acceptent point la grâce.

«Ô mon Fils! en descendant à l'humaine nature, tu n'amoindris ni ne dégrades la tienne. Parce que tu es, quoique assis sur un trône dans la plus haute béatitude, égal à Dieu, jouissant également du bonheur divin; parce que tu as tout quitté pour sauver un monde d'une entière perdition; parce que ton mérite, plus encore que ton droit de naissance, Fils de Dieu, t'a rendu plus digne d'être ce Fils, étant beaucoup plus encore que grand et puissant; parce que l'amour a abondé en toi plus que la gloire, ton humiliation élèvera avec toi à ce trône ton humanité. Ici tu t'assiéras incarné; ici tu régneras à la fois Dieu et homme, à la fois Fils de Dieu et de l'homme, établis par l'onction Roi universel.

«Je te donne tout pouvoir: règne à jamais; et revêts-toi de tes mérites: je te soumets, comme chef suprême, les Trônes, les Princes, les Pouvoirs, les Dominations: tous les genoux fléchiront devant toi, les genoux de ceux qui habitent au ciel, ou sur la terre, ou sous la terre, en enfer. Quand, glorieusement entouré d'un cortège céleste, tu apparaîtras sur les nuées, quand tu enverras les archanges, tes hérauts, annoncer ton redoutable jugement, aussitôt des quatre vents les vivants appelés, de tous les siècles passés les morts ajournés, se hâteront à la sentence générale; si grand sera le bruit qui réveillera leur sommeil! Alors, dans l'assemblée des saints, tu jugeras les méchants, hommes et anges: convaincus, ils s'abîmeront sous ton arrêt. L'enfer, rempli de ses multitudes, sera fermé pour toujours. Cependant le monde sera consumé; de ses cendres sortira un ciel nouveau, une nouvelle terre, où les justes habiteront. Après leurs longues tribulations, ils verront des jours d'or, fertiles en actions d'or, avec la joie et le triomphant amour et la vérité belle. Alors tu déposeras ton sceptre royal, car il n'y aura plus besoin de sceptre royal; Dieu sera tout en tous. Mais vous, anges, adorez celui qui, pour accomplir tout cela, meurt; adorez le Fils et honorez-le comme moi.»

Le Tout-Puissant n'eut pas plutôt cessé de parler, que la foule des anges (avec une acclamation forte comme celle d'une multitude sans nombre, douce comme provenant de voix saintes) fit éclater la joie: le ciel retentit de bénédictions, et d'éclatants hosanna remplirent les régions éternelles. Les anges révérencieusement s'inclinèrent devant les deux trônes, et avec une solennelle adoration, ils jetèrent sur le parvis leurs couronnes entremêlées d'or et d'amarante; immortelle amarante! Cette fleur commença jadis à s'épanouir près de l'arbre de vie, dans le paradis terrestre; mais bientôt après le péché de l'homme, elle fut reportée au ciel, où elle croissait d'abord: là elle croît encore; elle fleurit en ombrageant la fontaine de Vie et les bords du fleuve de la Félicité, qui au milieu du ciel roule son onde d'ambre sur des fleurs élysiennes. Avec ces fleurs d'amarante jamais fanées, les esprits élus attachent leur resplendissante chevelure, entrelacée de rayons.

Maintenant ces guirlandes détachées sont jetées éparses sur le pavé étincelant qui brillait comme une mer de jaspe, et souriait empourpré des roses célestes. Ensuite, couronnés de nouveau, les anges saisissent leurs harpes d'or, toujours accordées, et qui, brillantes à leur côté, étaient suspendues comme des carquois. Par le doux prélude d'une charmante symphonie ils introduisent leur chant sacré et éveillent l'enthousiasme sublime. Aucune voix ne se tait; pas une voix qui ne puisse facilement se joindre à la mélodie, tant l'accord est parfait dans le ciel!

«Toi, ô Père, ils te chantèrent le premier, tout-puissant, immuable, immortel, infini, Roi éternel; toi, auteur de tous les êtres, fontaine de lumière; toi, invisible dans les glorieuses splendeurs où tu es assis sur un trône inaccessible, et même lorsque tu ombres la pleine effusion de tes rayons, et qu'à travers un nuage arrondi autour de toi comme un radieux tabernacle, les bords de tes vêtements, obscurcis par leur excessif éclat, apparaissent: cependant encore le ciel est ébloui, et les plus brillants séraphins ne s'approchent qu'en voilant leurs yeux de leurs deux ailes.