Au-dessus de toutes les étoiles, le Soleil d'or, égal au ciel en splendeur, attire ses regards: vers cet astre il dirige sa course dans le calme firmament; mais si ce fut par le haut ou par le bas, par le centre ou par l'excentrique ou par la longitude, c'est ce qu'il serait difficile de dire. Il s'avance au lieu d'où le grand luminaire dispense de loin la clarté aux nombreuses et vulgaires constellations, qui se tiennent à une distance convenable de l'œil de leur seigneur. Dans leur marche elles forment leur danse étoilée en nombres qui mesurent les jours, les mois et les ans; elles se pressent d'accomplir leurs mouvements variés vers son vivifiant flambeau, ou bien elles sont tournées par son rayon magnétique qui échauffe doucement l'univers, et qui dans toute partie intérieure avec une bénigne pénétration, quoique non aperçu darde une invisible vertu jusqu'au fond de l'abîme; tant fut merveilleusement placée sa station brillante.

Là aborde l'ennemi: une pareille tache n'a peut-être jamais été aperçue de l'astronome, à l'aide de son verre optique, dans l'orbe luisant du soleil. Satan trouva ce lieu éclatant au-delà de toute expression, comparé à quoi que ce soit sur la terre, métal ou pierre. Toutes les parties n'étaient pas semblables, mais toutes étaient également pénétrées d'une lumière rayonnante, comme le fer ardent l'est du feu: métal, partie semblait d'or, partie d'argent fin; pierre, partie paraissait escarboucle ou chrysolithe, partie rubis ou topaze, tels qu'aux douze pierres qui brillaient sur le pectoral d'Aaron: ou c'est encore la pierre souvent imaginée plutôt que vue; pierre que les philosophes d'ici-bas ont en vain si longtemps cherchée, quoique par leur art puissant, ils fixent le volatil Hermès, évoquent de la mer sous ses différentes figures le vieux Protée réduit à travers un alambic à sa forme primitive.

Quelle merveille y a-t-il donc si ces champs, si ces régions exhalent un élixir pur, si les rivières roulent l'or potable, quand par la vertu d'un seul toucher le grand alchimiste, le soleil (tant éloigné de nous) produit, mêlées avec les humeurs terrestres, ici dans l'obscurité, tant de précieuses choses de couleurs si vives, et d'effets si rares?

Ici le démon, sans être ébloui, rencontre de nouveaux sujets d'admirer; son œil commande au loin, car la vue ne rencontre ici ni obstacle ni ombre, mais tout est soleil: ainsi quand à midi ses rayons culminants tombent du haut de l'équateur, comme alors ils sont dardés perpendiculaires, sur aucun lieu alentour l'ombre d'un corps opaque ne peut descendre.

Un air qui n'est nulle part aussi limpide, rendait le regard de Satan plus perçant pour les objets éloignés: il découvre bientôt, à portée de la vue, un ange glorieux qui se tenait debout, le même ange que saint Jean vit aussi dans le soleil. Il avait le dos tourné, mais sa gloire n'était point cachée. Une tiare d'or des rayons du soleil couronnait sa tête; non moins brillante, sa chevelure sur ses épaules, où s'attachent des ailes, flottait ondoyante: il semblait occupé de quelque grande fonction, ou plongé dans une méditation profonde. L'esprit impur fut joyeux, dans l'espoir de trouver à présent un guide qui pût diriger son vol errant au paradis terrestre; séjour heureux de l'Homme, fin du voyage de Satan et où commencèrent nos maux.

Mais d'abord l'ennemi songe à changer sa propre forme qui pourrait autrement lui susciter péril ou retard; soudain il devient un adolescent chérubin, non de ceux du premier ordre, mais cependant tel que sur son visage souriait une céleste jeunesse, et que sur tous ses membres était répandue une grâce convenable, tant il sait bien feindre! Sous une petite couronne ses cheveux roulés en boucles se jouaient sur ses deux joues; il portait des ailes dont les plumes, de diverses couleurs étaient semées de paillettes d'or; son habit court était fait pour une marche rapide, et il tenait devant ses pas pleins de décence, une baguette d'argent.

Il ne s'approcha pas sans être entendu; comme il avançait, l'ange brillant, averti par son oreille, tourna son visage radieux: il fut reconnu sur-le-champ pour l'archange Uriel, l'un des sept qui, en présence de Dieu et les plus voisins de son trône, se tiennent prêts à son commandement. Ces sept archanges sont les yeux de l'Éternel; ils parcourent tous les cieux, ou en bas à ce globe ils portent ses prompts messages sur l'humide et sur le sec, sur la terre et sur la mer. Satan aborde Uriel, et lui dit:

«Uriel, toi qui des sept esprits glorieusement brillants qui se tiennent debout devant le trône élevé de Dieu, es accoutumé, interprète de sa grande volonté, à la transmettre le premier au plus haut ciel où tous ses fils attendent ton ambassade! ici sans doute, par décret suprême, tu obtiens le même honneur, et comme un des yeux de l'Éternel, tu visites souvent cette nouvelle création. Un désir indicible de voir et de connaître les étonnants ouvrages de Dieu, mais particulièrement l'homme, objet principal de ses délices et de sa faveur, l'homme pour qui il a ordonné tous ces ouvrages si merveilleux; ce désir m'a fait quitter les chœurs de chérubins, errant seul ici. Ô le plus brillant des séraphins, dis dans lequel de ces deux orbes l'homme a sa résidence fixée, ou si, n'ayant aucune demeure fixe, il peut habiter à son choix tous ces orbes éclatants; dis-moi où je puis trouver, où je puis contempler, avec un secret étonnement, ou avec une admiration ouverte, celui à qui le Créateur a prodigué des mondes, et sur qui il a répandu toutes ses grâces? Tous deux ensuite et dans l'homme et dans toutes ces choses, nous pourrons, comme il convient, louer le Créateur qui a justement précipité au plus profond de l'enfer ses ennemis rebelles, et qui, pour réparer cette perte, a créé cette nouvelle et heureuse race d'hommes pour le mieux servir, sages sont toutes ses voies!»

Ainsi parla le faux dissimulateur sans être reconnu, car ni l'homme ni l'ange ne peuvent discerner l'hypocrisie: c'est le seul mal qui dans le ciel et sur la terre marche invisible, excepté à Dieu et par la permission de Dieu: souvent, quoique la Sagesse veille, le Soupçon dort à la porte de la Sagesse et résigne sa charge à la Simplicité: la Bonté ne pense point au mal, là où il ne semble pas y avoir de mal. Ce fut cela qui cette fois trompa Uriel, bien que régent du soleil, et regardé comme l'esprit des deux dont la vue est la plus perçante. À l'impur et perfide imposteur, il répondit dans sa sincérité:

«Bel ange, ton désir qui tend à connaître les œuvres de Dieu, afin de glorifier par là le grand Ouvrier, ne conduit à aucun excès qui encoure le blâme; au contraire, plus ce désir paraît excessif, plus il mérite de louanges, puisqu'il t'amène seul ici de ta demeure empyrée, pour t'assurer par le témoignage de tes yeux de ce que peut-être quelques-uns se sont contentés d'entendre seulement raconter dans le ciel. Car merveilleux, en vérité, sont les ouvrages du Très-Haut, charmants à connaître, et tous dignes d'être à jamais gardés avec délices dans la mémoire! Quel esprit créé pourrait en calculer le nombre, ou comprendre la sagesse infinie qui les enfanta, mais qui en cacha les causes profondes?