Le guerrier ailé lui répondit:

«Uriel, il n'est pas étonnant qu'assis dans le cercle brillant du soleil, ta vue parfaite s'étende au loin et au large. À cette porte personne ne passe, la vigilance ici placée, personne qui ne soit bien connu comme venant du ciel: depuis l'heure du midi, aucune créature du ciel ne s'est présentée: si un esprit d'une autre espèce a franchi pour quelque projet ces limites de terre, il est difficile, tu le sais, d'arrêter une substance spirituelle par une barrière matérielle; mais si dans l'enceinte de ces promenades s'est glissé un de ceux que tu dis, sous quelque forme qu'il se soit caché, je le saurai demain au lever du jour.»

Ainsi le promit Gabriel, et Uriel retourna à son poste sur ce même rayon lumineux dont la pointe, maintenant élevée, le porte obliquement en bas au soleil tombé au-dessous des Açores; soit que le premier orbe, incroyablement rapide, eût roulé jusque-là dans sa révolution diurne, soit que la terre moins vite, par une fuite plus courte vers l'est, eût laissé là le soleil, peignant de reflets de pourpre et d'or les nuages qui sur son trône occidental lui font cortège.

Maintenant le soir s'avançait tranquille, et le crépuscule grisâtre avait revêtu tous les objets de sa grave livrée; le silence l'accompagnait, les animaux et les oiseaux étaient retirés, ceux-là à leur couche herbeuse, ceux-ci dans leur nid. Le rossignol seul veillait; toute la nuit il chanta sa complainte amoureuse, le silence était ravi.

Bientôt le firmament étincela de vivants saphirs. Hespérus, qui conduisait la milice étoilée, marcha le plus brillant, jusqu'à ce que la lune se levant dans une majesté nuageuse, reine manifeste, dévoila sa lumière de perle, et jeta son manteau d'argent sur l'ombre.

Adam s'adressant à Ève:

«Belle compagne, l'heure de la nuit, et toutes choses allées au repos, nous invitent à un repos semblable. Dieu a rendu le travail et le repos, comme le jour et la nuit, alternatifs pour l'homme: la rosée du sommeil tombant à propos avec sa douce et assoupissante pesanteur, abaisse nos paupières. Les autres créatures tout le long du jour errent oisives, non employées, et ont moins besoin de repos: l'homme a son ouvrage quotidien assigné de corps ou d'esprit; ce qui déclare sa dignité et l'attention que le ciel donne à toutes ses voies. Les animaux au contraire rôdent à l'aventure désœuvrés, et Dieu ne tient pas compte de ce qu'ils font. Demain avant que le frais matin annonce dans l'orient la première approche de la lumière, il faudra nous lever et retourner à nos agréables travaux. Nous avons à émonder là-bas ces berceaux fleuris, ces allées vertes, notre promenade à midi, qu'embarrasse l'excès des rameaux: ils se rient de notre insuffisante culture et demanderaient plus de mains que les nôtres pour élaguer leur folle croissance. Ces fleurs aussi, et ces gommes qui tombent, restent à terre, raboteuses et désagréables à la vue; elles veulent être enlevées, si nous désirons marcher à l'aise: maintenant, selon la volonté de la nature, la nuit nous commande le repos.»

Ève, ornée d'une parfaite beauté, lui répondit:

«Mon auteur et mon souverain, tu commandes, j'obéis: ainsi Dieu l'ordonne; Dieu est ta loi, tu es la mienne. N'en savoir pas davantage est la gloire de la femme, et sa plus heureuse science. En causant avec toi j'oublie le temps; les heures et leurs changements également me plaisent. Doux est le souffle du matin; doux le lever du matin avec le charme des oiseaux matineux; agréable est le soleil lorsque, dans ce délicieux jardin, il déploie ses premiers rayons sur l'herbe, l'arbre, le fruit et la fleur brillante de rosée; parfumée est la terre fertile après de molles ondées; charmant est le venir d'un soir paisible et gracieux, charmante la nuit silencieuse avec son oiseau solennel, et cette lune si belle et ces perles du ciel qui forment sa cour étoilée: mais ni le souffle du matin quand il monte avec le charme des oiseaux matineux, ni le soleil levant sur ce délicieux jardin, ni l'herbe, ni le fruit, ni la fleur qui brille de rosée, ni le parfum après une ondée, ni le soir paisible et gracieux, ni la nuit silencieuse avec son oiseau solennel, ni la promenade aux rayons de la lune ou à la tremblante lumière de l'étoile, n'ont de douceur sans toi.

«Mais pourquoi ces étoiles brillent-elles la nuit entière? Pour qui ce glorieux spectacle, quand le sommeil a fermé tous les yeux?»