ARGUMENT

Raphaël continue à raconter comment Michel et Gabriel furent envoyés pour combattre contre Satan et ses anges. La première bataille décrite. Satan, avec ses Puissances, se retire pendant la nuit: il convoque un conseil, invente des machines diaboliques qui, au second jour de la bataille, mirent en désordre Michel et ses anges. Mais à la fin, arrachant les montagnes, ils ensevelirent les forces et les machines de Satan. Cependant le tumulte ne cessant pas. Dieu, le troisième jour, envoya son fils le Messie, auquel il avait réservé la gloire de cette victoire. Le Fils, dont la puissance de son Père, venant au lieu du combat, ordonnant à toutes ses légions de rester tranquilles des deux côtés, se précipitant avec son char et son tonnerre au milieu des ennemis, les poursuit, incapables qu'ils étaient de résister, vers la muraille du ciel. Le ciel s'ouvrant, ils tombent en bas avec horreur et confusion, au lieu du châtiment préparé pour eux dans l'abîme: le Messie retourne triomphant à son Père.

«Toute la nuit, l'ange intrépide, non poursuivi, continua sa route à travers la vaste plaine du ciel, jusqu'à ce que le Matin, éveillé par les Heures qui marchent en cercle, ouvrit avec sa main de rose les portes de la lumière. Il est sous le mont de Dieu et tout près de son trône, une grotte qu'habitent et déshabitent tour à tour la lumière et les ténèbres, en perpétuelle succession, ce qui produit dans le ciel une agréable vicissitude pareille au jour et à la nuit. La lumière sort, et par l'autre porte entrent les ténèbres obéissantes, attendant l'heure de voiler les cieux, bien que là les ténèbres ressemblent au crépuscule ici.

«Maintenant l'aurore se levait telle qu'elle est dans le plus haut ciel, vêtue de l'or de l'empyrée; devant elle s'évanouissait la nuit percée des rayons de l'orient: soudain toute la campagne, couverte d'épais et brillants escadrons rangés en bataille, de chariots, d'armes flamboyantes, de chevaux de feu, réfléchissant éclair sur éclair, frappe la vue d'Abdiel; il aperçut la guerre, la guerre dans son appareil, et il trouva déjà connue la nouvelle qu'il croyait apporter. Il se mêla plein de joie, à ces puissances amies, qui le reçurent avec allégresse et avec d'immenses acclamations, le seul qui, de tant de myriades perdues, le seul qui revenait sauvé. Elles le conduisent hautement applaudi à la montagne sacrée, et le présentent au trône suprême. Une voix, du milieu d'un nuage d'or, fut doucement entendue:

«—Serviteur de Dieu, tu as bien fait; tu as bien combattu dans le meilleur combat, toi, qui seul as soutenu contre des multitudes révoltées la cause de la vérité, plus puissant en paroles qu'elles ne le sont en armes. Et pour rendre témoignage à la vérité, tu as bravé le reproche universel, pire à supporter que la violence; car ton unique soin était de demeurer approuvé du regard de Dieu, quoique des mondes te jugeassent pervers. Un triomphe plus facile maintenant te reste, aidé d'une armée d'amis: c'est de retourner chez tes ennemis plus glorieux que tu n'en fus méprisé quand tu les quittas, de soumettre par la force ceux qui refusent la raison pour leur loi, la droite raison pour leur loi, et pour leur roi le Messie, régnant par droit de mérite.

«Va, Michel, prince des armées célestes, et toi immédiatement après lui en achèvements militaires, Gabriel: conduisez au combat ceux-ci, mes invincibles enfants; conduisez mes saints armés, rangés par milliers et millions pour la bataille, égaux en nombre à cette foule rebelle et sans dieu. Assaillez-les sans crainte avec le feu et les armes hostiles; en les poursuivant jusqu'au bord du ciel, chassez-les de Dieu et du bonheur vers le heu de leur châtiment, le gouffre du Tartare, qui déjà ouvre large son brûlant chaos pour recevoir leur chute.»—

«Ainsi parla la voix souveraine, et les nuages commencèrent à obscurcir toute la montagne, et la fumée à rouler en noirs torses, en flammes retenues, signal du réveil de la colère. Avec non moins de terreur, l'éclatante trompette éthérée commence à souffler d'en haut; à ce commandement les puissances militantes qui tenaient pour le ciel (formées en puissant carré dans une union irrésistible) avancèrent en silence leurs brillantes légions, au son de l'instrumentale harmonie qui inspire l'héroïque ardeur des actions aventureuses, sous des chefs immortels, pour la cause de Dieu et de son Messie. Elles avancent fermes et sans se rompre: ni haute colline, ni vallée rétrécie, ni bois, ni ruisseau, ne divisent leurs rangs parfaits, car elles marchent élevées au-dessus du sol, et l'air obéissant soutient leur pas agile: comme l'espèce entière des oiseaux rangés en ordre sur leur aile, furent appelés dans Éden pour recevoir leurs noms de toi, ô Adam, ainsi les légions parcoururent maints espaces dans le ciel, maintes provinces dix fois grandes comme la longueur de la terre.

«Enfin, loin à l'horizon du nord se montra, d'une extrémité à l'autre, une région de feu, étendue sous la forme d'une armée. Bientôt en approchant apparurent les puissances liguées de Satan, hérissées des rayons innombrables des lances droites et inflexibles; partout casques pressés, boucliers variés peints d'insolents emblèmes: ces troupes se hâtaient avec une précipitation furieuse, car elles se flattaient d'emporter ce jour-là même, par combat ou surprise, le mont de Dieu, et d'asseoir sur son trône le superbe aspirant, envieux de son empire; mais, au milieu du chemin leurs pensées furent reconnues folles et vaines. Il nous sembla d'abord extraordinaire que l'ange fît la guerre à l'ange, qu'ils se rencontrassent dans une furieuse hostilité ceux-là accoutumés à se rencontrer si souvent unis aux fêtes de la joie et de l'amour comme fils d'un seul maître, et chantant l'éternel Père; mais le cri de la bataille s'éleva, et le bruit rugissant de la charge mit fin à toute pensée plus douce.

«Au milieu des siens, l'apostat, élevé comme un dieu, était assis sur son char de soleil, idole d'une majesté divine, entouré de chérubins flamboyants et de boucliers d'or. Bientôt il descendit de ce trône pompeux, car il ne restait déjà plus entre les deux armées qu'un espace étroit (intervalle effrayant!) et front contre front elles présentaient arrêtées une terrible ligne d'une affreuse longueur. À la sombre avant-garde, sur le rude bord des bataillons, avant qu'ils se joignissent, Satan à pas immenses et superbes, couvert d'une armure d'or et de diamant, s'avançait comme une tour, Abdiel ne put supporter cette vue; il se tenait parmi les plus braves, et se préparait aux plus grands exploits; il sonde ainsi son cœur résolu:

«—Ô Ciel! une telle ressemblance avec le Très-Haut peut-elle rester où la foi et la réalité ne restent plus? Pourquoi la puissance ne défaut-elle pas là où la vertu a failli, ou pourquoi le plus présomptueux n'est-il pas le plus faible? Quoique à le voir Satan semble invincible, me confiant au secours du Tout-puissant, je prétends éprouver la force de celui dont j'ai déjà éprouvé la raison fausse et corrompue: n'est-il pas juste que celui qui l'a emporté dans la lutte de la vérité l'emporte dans les armes, vainqueur pareillement dans les deux combats? Si le combat est brutal et honteux quand la raison se mesure avec la force, encore il est d'autant plus juste que la raison triomphe.»—