«—Grands sont tes ouvrages, ô Jéhovah! infini ton pouvoir! quelle pensée te peut mesurer, quelle langue te raconter? Plus grand maintenant dans ton retour, qu'après le combat des anges géants: toi, ce jour-là tes foudres te magnifièrent, mais il est plus grand de créer que de détruire ce qui est créé. Qui peut te nuire, Roi puissant, ou borner ton empire? Facilement as-tu repoussé l'orgueilleuse entreprise des esprits apostats et dissipé leurs vains conseils, lorsque, dans leur impiété, ils s'imaginèrent te diminuer, te retirer de toi la foule de tes adorateurs. Qui cherche à t'amoindrir ne sert, contre son dessein, qu'à manifester d'autant plus ta puissance; tu emploies la méchanceté de ton ennemi, et tu en fais sortir le bien: témoin ce monde nouvellement créé, autre ciel non loin de la porte du ciel, fondé, en vue, sur le pur cristallin, la mer de verre; d'une étendue presque immense, ce ciel a de nombreuses étoiles, et chaque étoile a peut-être un monde destiné à être habité: mais tu connais leurs temps. Au milieu de ces mondes se trouve la terre, demeure des hommes, leur séjour agréable avec son océan inférieur répandu alentour. Trois fois heureux les hommes et les fils des hommes que Dieu a favorisés ainsi! qu'il a créés à son image, pour habiter là et pour l'adorer, et en récompense régner sur toutes ses œuvres, sur la terre, la mer ou l'air, et multiplier une race d'adorateurs saints et justes! Trois fois heureux s'ils connaissent leur bonheur, et s'ils persévèrent dans la justice!»—

«Ils chantaient ainsi, et l'Empyrée retentit d'alleluia; ainsi fut gardé le jour du sabbat.

«Je pense maintenant, ô Adam! avoir pleinement satisfait à ta requête, qui demanda comment ce monde, et la face des choses, commencèrent d'abord, et ce qui fut fait avant ton souvenir, dès le commencement, afin que la postérité, instruite par toi, le pût apprendre. Si tu as à rechercher quelque autre chose ne surpassant pas l'intelligence humaine, parle.»


[LIVRE HUITIÈME]

ARGUMENT

Adam s'enquiert des mouvements célestes; il reçoit une réponse douteuse et est exhorté à chercher de préférence des choses plus dignes d'être connues. Adam y consent; mais, désirant encore retenir Raphaël, il lui raconte les choses dont il se souvient, depuis sa propre création; sa translation dans le paradis; son entretien avec Dieu touchant la solitude et une société convenable; sa première rencontre et ses noces avec Ève. Son discours là-dessus avec l'Ange, qui part après des admonitions répétées.

L'ange finit, et dans l'oreille d'Adam laisse sa voix si charmante que, pendant quelque temps, croyant qu'il parlait encore, il restait encore immobile pour l'écouter. Enfin, comme nouvellement éveillé, il lui dit, plein de reconnaissance:

«Quels remercîments suffisants, ou quelle récompense proportionnée ai-je à t'offrir, divin historien, qui as si abondamment étanché la soif que j'avais de connaître, qui as eu cette condescendance amicale de raconter des choses autrement pour moi inscrutables, maintenant entendues avec surprise, mais avec délice, et comme il est dû, avec une gloire attribuée au souverain Créateur! Néanmoins quelque doute me reste que ton explication peut seule résoudre.

«Lorsque je vois cette excellente structure, ce monde, composé du ciel et de la terre, et que je calcule leurs grandeurs, cette terre est une tache, un grain, un atome, comparée avec le firmament, et tous ses astres comptés, qui semblent rouler dans des espaces incompréhensibles, car leur distance et leur prompt retour diurne le prouvent. Quoi! uniquement pour administrer la lumière l'espace d'un jour et d'une nuit autour de cette terre opaque, et de cette tache d'un point, eux, dans toute leur vaste inspection d'ailleurs inutiles! En raisonnant j'admire souvent comment la nature sobre et sage a pu commettre de pareilles disproportions, a pu, d'une main prodigue, créer les corps les plus beaux, multiplier les plus grands pour ce seul usage (à ce qu'il paraît), et imposer à leurs orbes de telles révolutions sans repos, jour par jour répétées. Et cependant la terre sédentaire (qui pourrait se mouvoir mieux dans un cercle beaucoup moindre), servie par plus noble qu'elle, atteint ses fins sans le plus petit mouvement et reçoit la chaleur et la lumière, comme le tribut d'une course incalculable, apporté avec une rapidité incorporelle, rapidité telle que les nombres manquent pour l'exprimer.»