Le poëte, d'après la Genèse, parle de l'esprit qui féconda l'abîme. Du Bartas avait dit:

D'une même façon l'esprit de l'Éternel
Semble couver ce gouffre.

L'obscurité ou les ténèbres visibles rappellent l'expression de Sénèque: non ut per tenebras videamus, sed ut ipsas.

Satan élevant sa tête au-dessus du lac de feu est une image empruntée à l'Énéide.

Pectora quorum inter fluctus arrecta.

Milton faisant dire à Satan que régner dans l'Enfer est digne d'ambition traduit Grotius: Regnare dignum est ambitu, etsi in Tartaro.

La comparaison des anges tombés aux feuilles de l'automne est prise de l'Iliade et de l'Énéide. Lorsque, dans son invocation le poëte s'écrie qu'il va chanter des choses qui n'ont encore été dites ni en prose ni en vers, il imite à la fois Lucrèce et Arioste:

Cosa non detta in prosa mai, ne in rima.

Le lasciate ogni speranza est commenté ainsi d'une manière sublime: Régions de chagrins, obscurité plaintive où l'espérance ne peut jamais venir, elle qui vient à tous: «hope never comes that comes to all.»

Lorsque Milton représente des anges tournant les uns sur la lance, les autres sur le bouclier, pour signifier tourner à droite et à gauche, cette façon de parler poétique est empruntée d'un usage commun chez les Romains: le légionnaire tenait la lance de la main droite et le bouclier de la main gauche: declinare ad hastam vel ad scutum; ainsi Milton met à contribution les historiens aussi bien que les poëtes; et en ayant l'air de ne rien dire, il vous apprend toujours quelque chose. Remarquez que la plupart des citations que je viens d'indiquer se trouvent dans les trois cents premiers vers du Paradis perdu: encore ai-je négligé d'autres imitations d'Ézéchiel, de Sophocle, du Tasse, etc.