«Je t'affligerai de plusieurs maux pendant ta grossesse, tu enfanteras dans la douleur, tu seras sous la puissance de ton mari et il te dominera.»

À Adam, le dernier, il prononce ainsi son arrêt:

«Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais défendu de manger en te disant: «Tu n'en mangeras point;» la terre sera maudite à cause de ce que tu as fait. Tu n'en tireras de quoi te nourrir pendant toute ta vie qu'avec beaucoup de travail: elle te produira des épines et des ronces, et tu te nourriras de l'herbe de la terre. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage, jusqu'à ce que tu retournes en la terre d'où tu as été tiré. Car tu es poudre et tu retourneras en poudre.»

Ainsi jugea l'homme celui qui fut envoyé à la fois Juge et Sauveur: il recula bien loin le coup subit de la mort annoncée pour ce jour-là: ensuite ayant compassion de ceux qui se tenaient nus devant lui, exposés à l'air, qui maintenant allait souffrir de grandes altérations, il ne dédaigna pas de commencer à prendre la forme d'un serviteur, comme quand il lava les pieds de ses serviteurs; de même à présent, comme un père de famille, il couvrit leur nudité de peaux de bêtes, ou tuées, ou qui, de même que le serpent, avaient rajeuni leur peau. Il ne réfléchit pas longtemps pour vêtir ses ennemis: non-seulement il couvrit leur nudité extérieure de peaux de bêtes, mais leur nudité intérieure, beaucoup plus ignominieuse; il l'enveloppa de sa robe de justice et la déroba aux regards de son Père. Puis il s'éleva rapidement vers lui; reçu dans son sein bienheureux, il rentra dans la gloire comme autrefois: à son Père apaisé il raconta (quoique le Père sût tout) ce qui s'était passé avec l'homme, entremêlant son récit d'une douce intercession.

Cependant, avant qu'on eût péché et jugé sur la terre, le Péché et la Mort étaient assis en face l'un de l'autre en dedans des portes de l'enfer; ces portes étaient restées béantes, vomissant au loin dans le chaos une flamme impétueuse, depuis que l'ennemi les avait passées, le Péché les ouvrant. Bientôt celui-ci commença de parler à la Mort:

«Ô mon fils, pourquoi sommes-nous assis oisifs à nous regarder l'un l'autre, tandis que Satan, notre grand auteur, prospère dans d'autres mondes et cherche à nous pourvoir d'un séjour plus heureux, nous, sa chère engeance? Le succès l'aura sans doute accompagné: s'il lui était mésavenu, avant cette heure il serait retourné, chassé par la furie de ses persécuteurs, puisque aucun autre lieu ne peut autant que celui-ci convenir à son châtiment ou à leur vengeance.

«Je crois sentir qu'une puissance nouvelle s'élève en moi, qu'il me croît des ailes, qu'une vaste domination m'est donnée au-delà de cet abîme. Je ne sais quoi m'attire, soit sympathie, soit une force conaturelle pleine de puissance, pour unir, à la plus grande distance, dans une secrète amitié, les choses de même espèce par les routes les plus secrètes. Toi, mon ombre inséparable, tu dois me suivre, car aucun pouvoir ne peut séparer la Mort du Péché. Mais dans la crainte que notre père soit arrêté peut-être par la difficulté de repasser ce golfe impassable, impraticable, essayons (travail aventureux, non pourtant disproportionné à ta force et à la mienne), essayons de fonder sur cet océan un chemin depuis l'enfer jusqu'au monde nouveau où Satan maintenant l'emporte; monument d'un grand avantage à toutes légions infernales, qui leur rendra d'ici le trajet facile pour leur communication ou leur transmigration, selon que le sort les conduira. Je ne puis manquer le chemin, tant je suis attiré avec force par cette nouvelle attraction et ce nouvel instinct.»

L'ombre maigre lui répondit aussitôt:

«Va où le destin et la force de l'inclination te conduisent. Je ne traînerai pas derrière, ni ne me tromperai de chemin, toi servant de guide; tant je respire l'odeur de carnage, proie innombrable; tant je goûte la saveur de la mort de toutes les choses qui vivent là! Je ne manquerai pas à l'ouvrage que tu entreprends, mais je te prêterai un mutuel secours.»

En parlant de la sorte, le monstre, avec délices, renifla le parfum du mortel changement arrivé sur la terre: comme quand une bande d'oiseaux carnassiers, malgré la distance de plusieurs lieues, vient volant, avant le jour d'une bataille, au champ où campent les armées, alléchée qu'elle est par la senteur des vivantes carcasses promises à la mort le lendemain, dans un sanglant combat: ainsi éventait les trépas la hideuse figure qui, renversant dans l'air empoisonné sa large narine, flairait de si loin sa curée.