3. Le duc de Wellington dit: «Vos Seigneuries savent déjà que des contingents que notre gracieuse Souveraine m'a fait l'honneur de confier à mon commandement à différentes périodes de la guerre—guerre entreprise dans le but exprès de sauvegarder les florissantes institutions et l'indépendance du pays—la moitié au moins étaient catholiques romains. My Lords, quand j'appelle vos souvenirs sur ce fait, je suis sûr que tout autre éloge est inutile. Vos Seigneuries savent bien pendant quelle longue période et dans quelles circonstances difficiles ils maintinrent l'Empire flottant au-dessus du déluge qui engloutit les trônes et détruisit les institutions de tous les autres peuples,—comment ils gardèrent vivante l'unique étincelle de liberté qui n'ait pas été éteinte en Europe.

«My Lords, c'est surtout aux catholiques irlandais que nous devons tous notre fière supériorité dans la carrière des armes, et que je suis personnellement redevable des lauriers dont il vous a plu couronner mon front. Nous devons reconnaître, My Lords, que sans le sang catholique et la valeur catholique, nous n'eussions jamais pu remporter la victoire, et que les talents militaires les plus élevés eussent été dépensés en vain.»

Que ces nobles paroles de délicate justice soient pour mes jeunes lecteurs le premier exemple de ce que toute histoire devrait être. Il leur a été dit dans les Lois de Fiesole que tout grand art est louange[50]. Il en est ainsi de toute Histoire fidèle, et de toute haute Philosophie. Car ces trois choses, Art, Histoire et Philosophie ne sont chacune qu'une partie de la Sagesse Céleste qui ne voit pas comme voit l'homme, mais avec une éternelle charité; et parce qu'elle ne se réjouit pas de l'Iniquité, à cause de cela elle se réjouit de la Vérité[51].

Car la vraie connaissance est des vertus seulement; celle des poisons et des vices, c'est Hécate qui l'enseigne, non Athéné. Et de toute sagesse, celle du politique principalement doit consister dans cette divine prudence; il n'est pas en effet toujours nécessaire aux hommes de connaître les vertus de leurs amis ou de leurs maîtres, puisque l'ami les manifestera, et le maître les appliquera. Mais malheur à la nation trop cruelle pour chérir la vertu de ses sujets et trop lâche pour reconnaître celle de ses ennemis!

[48]Cf., dans Arrows of the chase, la réponse que fait Ruskin à des étudiants et que cite M. de la Sizeranne: «Si vous aviez jamais lu dix lignes de moi, en les comprenant, vous sauriez que je ne me soucie pas plus de M. Disraeli et de M. Gladstone que de deux vieilles cornemuses, mais que je hais tout libéralisme comme je hais Beelzébuth, et que je me tiens avec Carlyle, seul désormais en Angleterre, pour Dieu et la Reine!»—(Note du Traducteur.)

[49]Cf., dans Unto this last, pour désigner le roi Salomon, «un marchand juif, ayant de gros intérêts dans le commerce avec la côte d'Or et passant pour avoir fait une des fortunes les plus considérables de son temps, réputé aussi pour sa grande sagesse pratique». (Unto this last, III, § 42.)—(Note du Traducteur.)

[50]Laws of Fesole, I, 1-6. Cf. le commentaire et la consécration dernière de ces paroles à la fin des Modern Painters:

«Toute la substance de ces paroles passionnées de ma jeunesse fut condensée plus tard en cet aphorisme donné vingt ans après dans mes conférences inaugurales d'Oxford: «Tout grand art est louange» et sur cet aphorisme, la maxime plus hardie fondée: «Bien loin que l'art soit immoral, rien n'est moral que l'art en sa plus haute puissance. La vie sans le travail est péché, le travail sans art brutalité» (j'oublie les mots, mais c'est leur sens); et maintenant, écrivant sous la paix sans nuages des neiges de Chamounix ce qui doit être vraiment les mots suprêmes de ce livre qu'inspira leur beauté et que guida leur force, je puis, d'un cœur encore plus heureux et plus calme qu'il n'a jamais été jusqu'ici, confirmer l'article essentiel de sa foi: c'est-à-dire que la connaissance de ce qui est beau conduit et est le premier pas vers la connaissance des choses qui sont dignes d'être aimées, et que les lois, la vie et la joie de la beauté dans l'univers matériel de Dieu sont des parties aussi éternelles et aussi sacrées de sa création, que dans le monde des âmes la vertu, et dans le monde des anges la louange» (Chamounix, dimanche 16 septembre 1888, Modern Painters: t. V, Epilogue, p. 390).—(Note du Traducteur.)

[51]Allusion à I Corinthiens, XIII, 6.—(Note du Traducteur.)