33. Sur les côtés de ce socle sont des supports d'un caractère différent. Des supports, non des captifs, ni des victimes; le Basilic et l'Aspic représentant les plus actifs des principes malfaisants sur la terre dans leur malignité extrême; pourtant piédestaux du Christ, et même dans leur vie délétère, accomplissant sa volonté finale.
Les deux créatures sont représentées exactement dans la forme médiévale traditionnelle, le basilic, moitié dragon, moitié coq; l'aspic, sourd, mettant une oreille contre la terre et se bouchant l'autre avec sa queue[218].
Le premier représente l'incrédulité de l'Orgueil. Le basilic—serpent-roi ou le premier des serpents—disant qu'il est Dieu et qu'il sera Dieu.
Le second, l'incrédulité de la Mort. L'aspic (le plus bas serpent) disant qu'il est de la boue et sera de la boue.
34. En dernier lieu, surmontant le tout, placés sous les pieds de la statue du Christ lui-même, sont le lion et le dragon; les images du péché charnel ou humain, en tant que distinct du péché spirituel et intellectuel de l'orgueil par lequel les anges tombèrent aussi.
Désirer régner plutôt que servir—péché du basilic—ou la mort sourde plutôt que la vie aux écoutes—péché de l'aspic—ces deux péchés sont possibles à toutes les intelligences de l'univers. Mais les péchés spécialement humains, la colère et la convoitise, semences en notre vie de sa perpétuelle tristesse, le Christ dans Sa propre humanité les a vaincus et les vainc encore dans Ses disciples. C'est pourquoi Son pied est sur leur tête, et la prophétie: «Inculcabis super leonem et aspidem[219]» est toujours reconnue comme accomplie en Lui, et en tous Ses vrais serviteurs, selon la hauteur de leur autorité et la réalité de leur influence.
35. C'est en ce sens mystique qu'Alexandre III se servit de ces paroles en rétablissant la paix en Italie et en accordant le pardon à l'ennemi le plus mortel de ce pays sous le portique de Saint-Marc[220]. Mais le sens de chaque action, comme de chaque art des âges chrétiens, perdu maintenant depuis trois cents ans, ne peut dans notre temps être lu qu'à rebours[221], s'il peut être lu du tout, au travers de l'esprit contraire qui est maintenant le nôtre. Nous glorifions l'orgueil et l'avarice comme les vertus par lesquelles toutes choses existent et se meuvent, nous suivons nos désirs comme nos seuls guides vers le salut, et nous exhalons le bouillonnement de notre propre honte, qui est tout ce que peuvent produire sur la terre nos mains et nos lèvres.
36. De la statue du Christ elle-même je ne parlerai pas longuement ici, aucune sculpture ne satisfaisant ni ne devant satisfaire l'espérance d'une âme aimante qui a appris à croire en lui; mais à cette époque elle dépassa ce qui avait jamais été atteint jusque-là en tendresse sculptée; et elle était connue au loin comme de près sous le nom de: «Le Beau Dieu d'Amiens[222].]» Elle était toutefois comprise, remarquez-le, juste assez clairement pour n'être qu'un symbole de la Présence Divine, comme les pauvres reptiles enroulés en bas n'étaient que les symboles des présences démoniaques. Non une idole, dans notre sens du mot—seulement une lettre, un signe de l'Esprit Vivant, que pourtant chaque fidèle concevait comme venant à sa rencontre ici à la porte du temple: «la Parole de Vie, le Roi de Gloire[223] et le Seigneur des Armées.»
«Dominus Virtutum, le Seigneur des Vertus[224]», c'est la meilleure traduction de l'idée que donnait à un disciple instruit du XIIIe siècle les paroles du XXIVe psaume.
Aussi sous les pieds de Ses apôtres dans les quatre-feuilles de la fondation apostolique sont représentées les vertus que chaque apôtre a enseignées ou manifestées dans sa vie;—ce peut être une vertu qui aura été en lui durement mise à l'épreuve et il peut avoir manqué de la force même du caractère qu'il a ensuite conduit à sa perfection. Ainsi saint Pierre reniant par crainte est ensuite l'apôtre du courage; et saint Jean, qui avec son frère aurait brûlé le village inhospitalier, est ensuite l'apôtre de l'Amour. Ayant compris ceci, vous voyez que dans les côtés des porches les apôtres avec leurs vertus spéciales sont placés sur deux rangs qui se font vis à vis.