Harry savait très bien ce que c'était et continuait à dessiner mais Lucy l'appela bientôt pour lui montrer un gros nuage noir qui semblait chargé d'électricité. Harry courut chercher un appareil électrique que son père lui avait donné, et le nuage électrisa l'appareil au positif, puis vint un autre nuage qui l'électrisa au négatif, suivi de nuages plus petits; devant ce nuage s'élevait une grosse nuée de poussière qui courait après le nuage positif elle finit par prendre contact avec lui et quand l'autre nuage arriva on vit un éclair traverser la nuée sur laquelle le nuage négatif s'étendait et se dissolvait en pluie ce qui bientôt éclaircit le ciel. Le phénomène terminé Harry revenu de sa surprise se demanda comment il pouvait se faire qu'il y eût de l'électricité là où il y avait tant d'eau. Mais il aperçut bientôt un arc-en-ciel et là-dessus montait un brouillard où son imagination lui fit voir la silhouette d'une femme. Il pensa immédiatement à la sorcière des Alpes que l'on évoquait en prenant[11] un peu d'eau dans le creux de la main que l'on répandait en prononçant des paroles inintelligibles[12]. Et bien que ce ne fût qu'un conte Harry en fut impressionné lorsqu'il vit dans les nuages une forme qui y ressemblait.
fin de Harry
et Lucy.
Les raisons que j'ai données, et qui m'ont décidé à réimprimer ce morceau qui était trop littéralement une «composition» sont: la première, que c'est un assez bon échantillon de mon orthographe à l'âge de sept ans; je dis assez bon, car il était rare que je fisse des fautes et qu'ici il y en a deux (takeing et unintelligable) que je ne peux m'expliquer que par la très grande hâte où j'étais de terminer mon volume; la seconde, que l'idée d'utiliser dans mon histoire des matériaux tirés à la fois des Dialogues scientifiques de Joyce[13] et du Manfred de Byron est un exemple excellent du mélange bizarre que présentait mon cerveau et qu'il a conservé; ce qui fait que les lecteurs sottement entichés de science ont toujours tenu mes livres en suspicion parce qu'ils y rencontraient l'amour du beau, et que les lecteurs sottement épris d'esthétique ne les prenaient pas au sérieux parce qu'ils y rencontraient l'amour de la science; la troisième, enfin, que la méthode de tout point raisonnable, du jugement définitif, au nom de laquelle je demande au lecteur sensé d'excuser ces fragments incohérents, ne peut trouver une meilleure démonstration que dans le fait qu'à sept ans, aucune histoire, si séduisante qu'elle fût, ne pouvait faire d'impression sur Harry, tant qu'il n'avait pas vu—dans les nuages ou ailleurs—quelque chose qui y ressemblât. Des six poèmes, le premier célèbre une machine à vapeur et débute ainsi:
When furious up from mines, the water pours
And clears from rusty moisture ail the ores;[14]
et le dernier, sur l'Arc-en-ciel, en vers blancs, non rimés en raison de son caractère didactique, est accompagné de réflexions sur l'ignorance et la légèreté de certains individus:
But those that do not know about that light
Reflect not on it; and in ail that light
Not one of ail the colours do they know[15].
L'année de mes sept ans accomplie, ma mère joignit une leçon de latin à la lecture de la Bible et régla définitivement les occupations que j'ai énumérées dans le chapitre précédent. Mais, ce qui m'étonne quand j'essaie pour mon propre plaisir, si ce n'est pour celui du lecteur, de mettre ces souvenirs au point, c'est de ne pas me rappeler comment se passait la matinée. Je sais seulement que je déjeunais dans la nursery et que lorsque Bridget, ma cousine de Croydon, était à la maison, nous nous querellions à qui aurait les parties les plus rôties du pain grillé. Ceci même doit être postérieur, car, à l'époque qui nous occupe, je ne devais pas être promu à l'honneur de manger du pain grillé. Je n'ai de souvenirs très précis sur les événements de la journée qu'à partir du moment où papa partait pour la Cité. Il prenait la diligence, et ma mère, après avoir rapidement donné ses ordres, m'appelait. Nous commencions nos leçons à neuf heures et demie par la lecture de la Bible, comme je l'ai dit plus haut, après quoi j'apprenais par cœur deux ou trois versets, plus un verset de paraphrase; et encore une déclinaison latine ou un temps de verbe et huit mots du vocabulaire de la grammaire latine d'Adam, la meilleure qu'il y ait jamais eu. Ceci fait, j'étais libre le reste de la journée. Pour l'arithmétique, elle fut salutairement remise à beaucoup plus tard; quant à la géographie, je l'appris très facilement moi-même à ma façon; mes notions d'histoire, je les ai puisées dans les Contes racontés par un grand-père, de Scott. Donc, vers midi, je descendais au jardin quand il faisait beau; quand il pleuvait, je passais le temps comme je pouvais. J'ai déjà parlé des fameux cubes de bois qui, dès que je pus me traînera quatre pattes, furent mes compagnons de tous les instants; et je suis impardonnable d'avoir oublié à quel généreux ami (je soupçonne fort ma tante de Croydon) je dus, un peu plus tard, un pont à deux arches, impeccable quant aux voussures, aux clefs de voûte, et à l'ajustement de la maçonnerie taillée en biseau et assemblée en queue d'aronde sur le modèle du pont Waterloo. Les cintres très bien faits, et une suite de marches en marqueterie qui descendaient jusqu'à la rivière, faisaient de ce petit modèle quelque chose de vraiment instructif; je ne me lassais pas de le bâtir, de le débâtir (il était trop bien établi pour qu'on pût le jeter bas, il fallait toujours le démonter) et de le rebâtir. Le plaisir que j'avais à faire et à refaire les mêmes choses, à lire et à relire les mêmes livres, a beaucoup contribué à développer cette faculté, qui m'a été si précieuse, d'aller au fond des choses.
Quelques personnes diront certainement que ces joujoux, donnés par hasard, décidèrent de mon goût pour l'architecture; mais je n'ai jamais entendu parler d'un autre enfant si passionnément épris de ses bois de construction, si ce n'est le Frank de Miss Edgeworth. Il est vrai qu'à l'époque où nous vivons—âge d'universelle briqueterie s'il en fut—on ne donne plus aux enfants pour jouer de modestes morceaux de bois, mais des locomotives; et ces petits êtres sont toujours à prendre des billets, à monter et descendre aux stations sans jamais chercher à s'expliquer le principe du puff-puff! À quoi cela leur servirait-il d'ailleurs, à moins qu'ils ne puissent apprendre en même temps que jamais le principe du puff-puff ne remplacera celui de la vie? Moi, au contraire, avec Harry et Lucy non seulement j'ai compris le système moteur du puff-puff, mais, grâce à mes briques de bois, je connus bientôt les lois de la stabilité en matière de tours et d'arceaux. J'étais aidé dans ces études par le goût passionné que j'avais de voir travailler des ouvriers; je pouvais rester des heures à regarder maçons, briquetiers, tailleurs de pierre, paveurs, quand ma bonne me permettait de m'arrêter pendant nos promenades; j'étais au comble du bonheur si, de la fenêtre de l'auberge ou de l'hôtel, quand nous voyagions, je pouvais voir des ouvriers travailler; la journée dans ce cas ne me paraissait jamais assez longue, je restais là des heures, en extase, et rien ne pouvait me distraire. Le plus souvent, au jardin, quand le temps le permettait, j'observais les habitudes des plantes, sans qu'il me vînt l'idée de les cultiver ou de les soigner; je n'aimais pas plus à m'occuper des fleurs que des oiseaux, des arbres, du ciel ou de la mer, mais je passais des heures à les regarder, à les fouiller. Sans la moindre curiosité morbide, mais avec une admiration étonnée, j'arrachais leurs pétales jusqu'à ce qu'elles m'eussent livré leurs secrets, du moins les secrets qui pouvaient intéresser un enfant; je faisais des collections de graines—elles me tenaient lieu de perles ou de billes—sans qu'il me vînt jamais la pensée de les semer. Un vieux jardinier venait une fois par semaine ratisser les allées, enlever les mauvaises herbes; je n'aurais pas mieux demandé que de l'aider, mais je fus découragé et humilié un jour où, sans rien dire, je le vis revenir sur les endroits déjà nettoyés par moi. Mais ce que j'aimais par-dessus tout, c'était de creuser des trous, forme de jardinage qui, hélas! n'avait pas l'approbation maternelle. Alors, tout naturellement, je retombais dans mes habitudes de contemplation; à neuf ans, je commençai un poème intitulé Eudosia—d'où me venait ce nom, que me représentait-il?—poème sur l'Univers. Une ou deux strophes qui rappellent le début à la fois de mon Deucalion et de ma Proserpine ne seront peut-être pas déplacées au milieu de ces graves souvenirs, d'autant que j'en puis donner la date exacte: 28 septembre 1828. Le «livre Premier» commence ainsi:
When first the wrath of heaven o'erwhelmed the world,
And o'er the rocks, and hills, and mountains, hurl'd
The waters' gathering mass; and sea o'er shore—
Then mountains fell, and vales, unknown before,
Lay where they were. Far different was the Earth
When first the flood came down, than at its second birth.
Now for its produce!—Queen of flowers, O rose,
From whose fair colored leaves such odor flows,
Thou must now be before thy subjects named,
Both for thy beauty and thy sweetness famed.
Thou art the flower of England, and the flow'r
Of Beauty too—of Venus odrous bower.
And thou wilt often shed sweet odors round,
And often stooping, hide thy head on ground[16]. And then the lily, towering up so proud,
And raising its gay head among the various crowd,
There the black spots upon a scarlet ground,
And there the taper-pointed leaves are found[17].