69. Telle, donc, je crois être, et ne voulez-vous pas reconnaître qu'elle l'est en effet, la vraie place et le vrai rôle de la femme. Mais ne voyez-vous pas que, pour les remplir, elle doit—autant qu'on peut user d'un pareil terme pour une créature humaine,—être incapable d'erreur? Aussi loin qu'elle règne, tout doit être juste, ou rien ne l'est. Elle doit être patiemment, incorruptiblement bonne; instinctivement, infailliblement sage—sage non en vue du développement d'elle-même, mais du renoncement à elle-même: sage, non pour se mettre au-dessus de son mari, mais pour ne jamais faiblir à son coté; sage non avec l'étroitesse d'un orgueil insolent et sec, mais avec la douceur passionnée d'un dévouement modeste, infiniment variable parce qu'il peut s'appliquer à tout—la vraie mobilité de la femme. Dans son sens profond «La Donna e mobile[181]», mais non pas «Qual piùm'al vento»; elle n'est pas non plus «variable comme l'ombre faite par le tremble léger et frissonnant[182]», mais variable comme la lumière, que multiplie sa pure et sereine réfraction afin qu'elle puisse s'emparer de la couleur de tout ce qu'elle touche et l'exalter.

70. J'ai essayé jusqu'ici de vous montrer quelle devrait être la place et quel le rôle de la femme. Nous devons maintenant aborder un second point: quel est le genre d'éducation qui la rendra capable de les remplir. Et si vous trouvez vraie la conception de son office et de sa dignité que je vous ai exposée, il ne sera pas difficile de tracer le plan de l'éducation qui la préparera à l'un et l'élèvera jusqu'à l'autre.

Le premier de nos devoirs envers elle,—aucune personne raisonnable ne peut en douter—est de lui assurer une éducation et des exercices physiques qui affermissent sa santé et perfectionnent sa beauté; le type le plus élevé de cette beauté étant impossible à atteindre sans la splendeur de l'activité physique et d'une force délicate. Perfectionner sa beauté, dis-je, et en accroître le pouvoir; elle ne peut être trop puissante ni répandre trop loin sa lumière sacrée; seulement rappelez-vous que la liberté des mouvements du corps est impuissante à produire la beauté sans une liberté correspondante du cœur. Il est deux passages d'un poète[183] qui se distingue, il me semble, entre tous—non par sa puissance, mais par son exquise vérité, et qui vous montreront la source et vous décriront en peu de mots tout l'accomplissement de la beauté féminine. Je vais vous lire les strophes introductrices, mais la dernière est la seule sur laquelle je tienne à appeler spécialement votre attention:

«Trois ans elle crût sous le soleil et l'ondée.
Alors Nature dit: «Une plus aimable fleur
Sur terre ne fut jamais semée;
Cette enfant pour moi-même je prendrai;
Elle sera mienne, et je formerai
Une dame issue de moi seule.

Moi-même pour ma chérie je serai
À la fois la loi et l'impulsion; et avec moi
La fillette, dans le rocher et dans la plaine,
Dans la terre et le ciel, dans la clairière et le bocage,
Sentira à veiller sur elle un pouvoir
Tantôt excitateur et tantôt réprimant.

Les flottants nuages leur majesté prêteront
À elle, pour elle le saule se courbe;
Ni elle ne manquera de discerner
Même dans le mouvement de la tempête
La grâce qui moulera ses formes de jeune fille
Par une silencieuse sympathie;

Et des sentiments vitaux de joie
Élèveront sa forme jusqu'à une royale stature,
Gonfleront son sein virginal;
De telles pensées à Lucie je donnerai
Pendant qu'elle et moi ensemble nous vivrons
Ici dans cet heureux vallon.»

«Des sentiments vitaux de joie», remarquez-le. Il y a de mortels sentiments de joie; mais ceux qui sont naturels sont vitaux, nécessaires à la vraie vie.

Et ils seront des sentiments de joie, s'ils sont vitaux. Ne croyez pas pouvoir rendre une jeune fille gracieuse, si vous ne la rendez pas heureuse. Il n'y a pas une contrainte imposée aux bons sentiments naturels d'une jeune fille—il n'y a pas d'obstacle mis à ses instincts d'amour ou d'effort—qui ne reste indélébilement écrit sur ses traits, avec une dureté qui est d'autant plus pénible qu'elle ôte leur éclat aux yeux de l'innocence et son charme au front de la vertu.

71. Voilà pour les moyens; maintenant notez bien la fin. Empruntez au même poète une parfaite description de la beauté de la femme.