La Jeune Morte
Qui que tu sois, Vivant, passe vite parmi
L'herbe du tertre où gît ma cendre inconsolée;
Ne foule point les fleurs de l'humble mausolée
D'où j'écoute ramper le lierre et la fourmi.
Tu t'arrêtes? Un chant de colombe a gémi.
Non! qu'elle ne soit pas sur ma tombe immolée!
Si tu veux m'être cher, donne-lui la volée.
La vie est si douce, ah! laisse-la vivre, ami.
Le sais-tu? sous le myrte enguirlandant la porte,
Épouse et vierge, au seuil nuptial, je suis morte,
Si proche et déjà loin de celui que j'aimais.
Mes yeux se sont fermés à la lumière heureuse,
Et maintenant j'habite, hélas! et pour jamais,
L'inexorable Érèbe et la Nuit Ténébreuse.
Regilla
Passant, ce marbre couvre Annia Regilla
Du sang de Ganymède et d'Aphrodite née.
Le noble Hérode aima cette fille d'Énée.
Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la.
Car l'Ombre dont le corps délicieux gît là,
Chez le prince infernal de l'île Fortunée
Compte les jours, les mois et la si longue année
Depuis que loin des siens la Parque l'exila.
Hanté du souvenir de sa forme charmante,
L'Époux désespéré se lamente et tourmente
La pourpre sans sommeil du lit d'ivoire et d'or.
Il tarde. Il ne vient pas. Et l'âme de l'Amante,
Anxieuse, espérant qu'il vienne, vole encor
Autour du sceptre noir que lève Rhadamanthe.