N'approche pas! Va-t'en! Passe au large, Étranger!
Insidieux pillard, tu voudrais, j'imagine,
Dérober les raisins, l'olive ou l'aubergine
Que le soleil mûrit à l'ombre du verger?
J'y veille. À coups de serpe, autrefois, un berger
M'a taillé dans le tronc d'un dur figuier d'Égine;
Ris du sculpteur, Passant, mais songe à l'origine
De Priape, et qu'il peut rudement se venger.
Jadis, cher aux marins, sur un bec de galère
Je me dressais, vermeil, joyeux de la colère
Écumante ou du rire éblouissant des flots;
À présent, vil gardien de fruits et de salades,
Contre les maraudeurs je défends cet enclos…
Et je ne verrai plus les riantes Cyclades.
II
Hujus nam domini colunt me Deum que salutant. CATULLE.
Respecte, ô Voyageur, si tu crains ma colère,
Cet humble toit de joncs tressés et de glaïeul.
Là, parmi ses enfants, vit un robuste aïeul;
C'est le maître du clos et de la source claire.
Et c'est lui qui planta droit au milieu de l'aire
Mon emblème équarri dans un coeur de tilleul:
Il n'a point d'autres Dieux, aussi je garde seul
Le verger qu'il cultive et fleurit pour me plaire.
Ce sont de pauvres gens, rustiques et dévots.
Par eux, la violette et les sombres pavots
Ornent ma gaine avec les verts épis de l'orge
Et toujours, deux fois l'an, l'agreste autel a bu,
Sous le couteau sacré du colon qui l'égorge,
Le sang d'un jeune bouc impudique et barbu.