Dis, ceindras-tu de myrte ou de laurier la tempe
Du penseur, du héros, du prince ou de l'amant?
Par quel Dieu feras-tu, sur un noir firmament,
Cabrer l'hydre écaillée ou le glauque hippocampe?

Non. Plutôt, en un orbe éclatant de saphir
Inscris un fier profil de guerrière d'Ophir.
Thalestris, Bradamante, Aude ou Penthésilée.

Et pour que sa beauté soit plus terrible encor,
Casque ses blonds cheveux de quelque bête ailée
Et fais bomber son sein sous la gorgone d'or.

Rêves d'Émail

Ce soir, au réduit sombre où pleure l'athanor,
Le grand feu prisonnier de la brique rougie
Exalte son ardeur et souffle sa magie
Au cuivre que l'émail fait plus riche que l'or.

Et sous mes pinceaux naît, vit, court et prend l'essor
Le peuple monstrueux de la mythologie,
Les Centaures, Pan, Sphinx, la Chimère, l'Orgie
Et, du sang de Gorgo, Pégase et Chrysaor.

Peindrai-je Achille en pleurs près de Penthésilée?
Orphée ouvrant les bras vers l'épouse exilée
Sur la porte infernale aux infrangibles gonds?

Hercule terrassant le dogue de l'Averne
Ou la vierge qui tord au seuil de la caverne
Son corps épouvanté que flairent les Dragons?

LES CONQUÉRANTS

Les Conquérants