Et dans l'énervement des nuits chaudes et calmes,
Berçant ta gloire éteinte, ô Cité, tu t'endors
Sous les palmiers, au long frémissement des palmes.
L'ORIENT ET LES TROPIQUES
LA VISION DE KHEM
I
Midi. L'air brûle, et sous la terrible lumière
Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb
Du zénith aveuglant le jour tombe d'aplomb,
Et l'implacable Phré couvre l'Égypte entière.
Les grands sphinx qui jamais n'ont baissé la paupière,
Allongés sur leur flanc que baigne un sable blond,
Poursuivent d'un regard mystérieux et long
L'élan démesuré des aiguilles de pierre.
Seul, tachant d'un point noir le ciel blanc et serein,
Au loin, tourne sans fin le vol des gypaëtes;
La flamme immense endort les hommes et les bêtes.
Le sol ardent pétille, et l'Anubis d'airain
Immobile au milieu de cette chaude joie
Silencieusement vers le soleil aboie.
II
La lune sur le Nil, splendide et ronde, luit.
Et voici que s'émeut la nécropole antique
Où chaque roi, gardant la pose hiératique,
Gît sous la bandelette et le funèbre enduit.