Médaille antique
L'Etna mûrit toujours la pourpre et l'or du vin
Dont l'Érigone antique enivra Théocrite;
Mais celles dont la grâce en ses vers fut écrite,
Le poète aujourd'hui les chercherait en vain.
Perdant la pureté de son profil divin,
Tour à tour Aréthuse esclave et favorite
A mêlé dans sa veine où le sang grec s'irrite
La fureur sarrasine à l'orgueil angevin.
Le temps passe. Tout meurt. Le marbre même s'use.
Agrigente n'est plus qu'une ombre, et Syracuse
Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent;
Et seul le dur métal que l'amour fit docile
Garde encore en sa fleur, aux médailles d'argent,
L'immortelle beauté des vierges de Sicile.
Les Funérailles
Vers la Phocide illustre, aux temples que domine
La rocheuse Pytho toujours ceinte d'éclairs,
Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers,
La Grèce accompagnait leur image divine.
Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine
L'Archipel radieux et les golfes déserts,
Écoutaient, du sommet des promontoires clairs,
Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine.
Et moi je m'éteindrai, vieillard, en un long deuil;
Mon corps sera cloué dans un étroit cercueil
Et l'on paîra la terre et le prêtre et les cierges.
Et pourtant j'ai rêvé ce destin glorieux
De tomber au soleil ainsi que les aïeux,
Jeune encore et pleuré des héros et des vierges.