Et d'un bout de la salle immense à l'autre bout,
Dompté par l'oeil terrible où la colère bout,
Le troupeau monstrueux en renâclant recule.
Fuite de Centaures
Ils fuient, ivres de meurtre et de rébellion,
Vers le mont escarpé qui garde leur retraite;
La peur les précipite, ils sentent la mort prête
Et flairent dans la nuit une odeur de lion.
Ils franchissent, foulant l'hydre et le stellion,
Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arrête;
Et déjà, sur le ciel, se dresse au loin la crête
De l'Ossa, de l'Olympe ou du noir Pélion.
Parfois, l'un des fuyards de la farouche harde
Se cabre brusquement, se retourne, regarde,
Et rejoint d'un seul bond le fraternel bétail;
Car il a vu la lune éblouissante et pleine
Allonger derrière eux, suprême épouvantail,
La gigantesque horreur de l'ombre Herculéenne.
La Naissance d'Aphrodité
Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
Où roulaient sans mesure et l'Espace et le Temps;
Puis Gaia, favorable à ses fils les Titans,
Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes.
Ils tombèrent. Le Styx les couvrit de ses ondes.
Et jamais, sans l'éther foudroyé, le Printemps
N'avait fait resplendir les soleils éclatants,
Ni l'Été généreux mûri les moissons blondes.
Farouches, ignorants des rires et des jeux,
Les Immortels siégeaient sur l'Olympe neigeux.
Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosée;