—Señores, je vais présenter mon projet pour la fête, dit D. Filipo.

—Nous ne pouvons pas l’admettre! répondit un vieux poitrinaire, conservateur intransigeant.

—Nous votons contre! dirent les autres adversaires.

—Señores, dit D. Filipo en réprimant un sourire, je ne vous ai pas encore exposé le projet que nous, les jeunes, nous apportons ici. Ce grand projet, nous en sommes sûrs, sera préféré par tous, quoi que pensent ou que puissent penser nos contradicteurs.

Ce présomptueux exorde acheva d’irriter les conservateurs qui jurèrent in corde de lui faire une terrible opposition. D. Filipo poursuivit:

—Nous avons un budget de 3,500 pesos. Eh bien! avec cette somme nous pouvons faire une fête qui surpasse toutes celles que nous avons vues jusqu’ici, soit dans notre province, soit dans les provinces voisines.

—Quoi? s’écrièrent les incrédules; tel pueblo avait 5000, tel autre 4000! C’est de la plaisanterie!

—Ecoutez-moi, señores, et vous serez convaincus, continua D. Filipo intrépide. Je propose que, au milieu de la place, on élève un grand théâtre, qui coûtera 150 pesos.

—150 ne suffiront pas, il faut en mettre 160! objecta un tenace conservateur.

—Notez, señor directeur, 200 pesos pour le théâtre! dit D. Filipo. Je propose que l’on traite avec la troupe de comédie de Tondo pour qu’elle donne des représentations pendant sept soirées consécutives. Sept représentations à 200 pesos par soirée font 1400. Notez 1400, señor directeur.